Trois p’tit’s tours

Difficile de ne pas passer par une ville lorsqu’on traverse l’Amérique du Nord.
Evidemment, il y en a des milliers, mais certaines ont acquit une aura internationale, que ce soit par leur taille, leur histoire ou certains événements qui s’y sont déroulés.

Passé le cap du million d’habitants, ces métropoles s’articulent généralement de la même manière: au centre il y a downtown ou le quartier des affaires caractérisé par une architecture tout en hauteur. Et autour s’étendent les suburbs, zones résidentielles et industrielles interminables.

Parmi les grandes villes nord-américaines que nous visiterons, toutes ont un point commun: l’eau. Si Vancouver et San Francisco sont au bord du Pacifique, Chicago, Détroit et Toronto sont au bord des Grands Lacs avec un accès à l’Atlantique via quelques canaux, une bonne série d’écluses avant de passer par Montréal et le Saint-Laurent.
Seule Las Vegas fait exception à la règle, mais bon… il doit s’agir d’une erreur…

Passage d'un cargo dans le canal Welland, entre les lacs Erié et Ontario

Passage d’un cargo dans le canal Welland, entre les lacs Erié et Ontario

Après les vastes étendues désertiques du sud-ouest des Etats-Unis, il est temps de renouer avec des zones plus peuplées au climat plus « raisonnable ».

De Denver, la capitale du Colorado, nous ne verrons que la gare où un train nous attend pour une traversée du Midwest en 23 heures. Vingt-trois heures assis dans des sièges plus larges que rembourrés, c’est long. Vingt-trois heures à admirer de gigantesques champs de maïs ponctués ça et là de fermes ou d’agglomérations, c’est très long…

Soudain, un élément perturbateur vient rompre la monotonie du paysage: le Mississipi. Allez, encore un peu de pop-corn avant d’aller faire un tour en ville!

Chicago la coquette

Troisième plus grande ville des Etats-Unis et deuxième centre industriel du pays, tout le monde a entendu parler de Chicago. Mais pourquoi?

Le downtown de Chicago, situé à quelques pas du bord du lac Michigan

Le downtown de Chicago, situé à quelques pas du bord du lac Michigan

Dans l’esprit de beaucoup, Chicago c’est d’abord le basket avec la mythique équipe des Bulls et son icône Michael Jordan. Pour d’autres, c’est la musique, que ce soit à travers le Jazz, le Blues, la House ou l’orchestre symphonique de la ville.

Au centre-ville. On se sent ridicule sur nos petits vélos…

Au centre-ville. On se sent ridicule sur nos petits vélos…

Pour nous, c’est surtout le contraste saisissant entre le cœur de la ville et sa banlieue qui nous marquera. Au centre, un univers de béton armé propre et vertical où seul la hauteur et le design comptent. En périphérie, un univers décrépit et horizontal de barres d’immeubles où seules les communautés afro-américaines résident.

"The Cloud Gate" ou plus communément "The Bean" sur fond de gratte-ciel. Une identité forte pour une métropole mondiale

« The Cloud Gate » ou plus communément « The Bean » sur fond de gratte-ciel. Une identité forte pour une métropole mondiale

De Chicago, nous poursuivons notre route vers l’est à travers l’Etat du Michigan, région dévastée économiquement qui vit en récession permanente depuis le début du siècle…Pour la troisième fois du voyage nous serons confrontés à la misère. Après les conditions de vie des plaines du Gange, après le vide sidéral de la réserve amérindienne des Navajo en Arizona, place à la dépression sociale du Michigan…

Jackson, 33’000 habitants, fièrement reconnue comme étant le lieu de naissance du parti républicain en 1854. Aujourd’hui, les supermarchés sentent la boîte de conserve et vendent des fleurs fanées… La moitié de la ville semble être à vendre ou avoir été saisie par la justice. Ici, pour 4’000 dollars, on peut facilement devenir propriétaire d’une maison, terrain inclus!

Etonnamment, faire du vélo est une activité populaire à Jackson.
Grossièrement, les amateurs de la « petite reine » se répartissent en trois groupes:
– ceux qui ont une voiture mais qui n’ont plus une thune pour acheter de l’essence
– ceux qui se sont fait retirer leur permis ou voler leur caisse
– et ceux qui sortent de prison et à qui on offre un vélo

Allez, on file, il y a pire qui nous attend…

Détroit l’abandonnée

Qui dit Détroit dit… Ford bien sûr! Sans oublier tout le culte de la voiture qui va avec! Et bien figurez-vous que les choses vont mal dans l’industrie automobile américaine. Bon, c’est pas nouveau: la première crise date de… 1929.

Depuis le crash de l’entre-deux-gerres, Motor City ne cesse de pâtir des crises financières à répétition. Le 18 juillet 2013, soit cinq jours avant notre arrivée en ville, Détroit demande sa mise en faillite. Une première pour une ville de cette taille. Dette annoncée: plus de 18 milliards de dollars…

Alors, que reste-t-il de la « Paris du Midwest » dont l’architecture élégante et les espaces publics faisaient office d’exemple? Septante milles maisons abandonnées, des usines en ruines, des kilomètres de palissades et de barbelés, 50% de lampadaires hors-service, un centre ville à l’agonie.

Le décor est ahurissant. Même les préteurs sur gage et les acheteurs d’or sont à la peine… C’est dire…

Chez Sam, on achète de tout. Mais la boutique est à vendre…

Chez Sam, on achète de tout. Mais la boutique est à vendre…

Après des kilomètres de banlieues recouvertes de voitures d’occasion, on arrive en ville, déserte, ou presque. Comble de l’ironie pour la « capitale mondiale de l’automobile », les routes sont dans un état épouvantable.

Des rues faites pour deux millions d'habitants. A l'heure actuelle, ils ne sont plus que 700'000. Ca laisse de la place…

Des rues faites pour deux millions d’habitants. A l’heure actuelle, ils ne sont plus que 700’000. Ca laisse de la place…

Mais si Détroit inquiète, elle fascine également. Et pas besoin de se balader en ville très longtemps pour comprendre que cet endroit est totalement différent.
Sentiments difficiles à exprimer… juste des ambiances.
Les parcs sont fréquentés mais il n’y a pas d’enfant; des quartiers entiers sont construits mais vides de toute âme, l’art et la mauvaise herbe squattent la ville que ce soit sur les murs ou dans les jardins et les supermarchés ne vendent plus de lotions auto-bronzantes depuis longtemps…

De la voiture à tous les coins de rue, des carcasses à ne plus savoir qu'en faire…

De la voiture à tous les coins de rue, des carcasses à ne plus savoir qu’en faire…

Partout, l’impression que la ville fredonne pour elle-même: « Ici, on fait de la voiture! Tel est notre futur! » Histoire de la faillite programmée d’une monoculture de l’automobile.

Symboles de Détroit: une gare ferroviaire jamais terminée et une usine automobile laissée en friche…

Symboles de Détroit: une gare ferroviaire jamais terminée et une usine automobile laissée en friche…

Etrange dernière vision des Etats-Unis d’Amérique: faillite économique, désertification industrielle, exil massif…
Reste à passer de l’autre côté de la rivière afin de rejoindre le Canada. Seul petit problème: impossible de le faire sans voiture; pont, tunnel et ferry étant interdits aux vélos!

Détroit vu depuis Windsor, au Canada. La ville aurait-elle décidé de s'immoler par le feu?

Détroit vu depuis Windsor, au Canada. La ville aurait-elle décidé de s’immoler par le feu?

Allez, reprenons la route, avec Eminem, les Jackson Five, Madonna, Iggy Pop, Stevie Wonder et de la techno plein les oreilles.

Toronto, l’inconnue

Reprenons: Vancouver va avec les Jeux olympiques, San Fransciso va avec le Golden Gate Bridge, Las Vegas avec les casinos, Chicago avec l’architecture et Détroit avec les voitures. Et Toronto alors?

On vous laisse réfléchir un instant. En attendant, on passe vite par les chutes du Niagara, encore un de ces endroits dont on connaît le nom sans savoir le mettre sur une carte.

Les chutes du Niagara en été, c'est 154 millions de litres d'eau par heure pour un saut de 57 mètres

Les chutes du Niagara en été, c’est 154 millions de litres d’eau par heure pour un saut de 57 mètres

Pas évident, n’est-ce pas? Pourtant Toronto est la plus grande ville du Canada et la quatrième d’Amérique du Nord…

Le sport peut-être? Entre le hockey, le baseball, le basket et le football, difficile de s’ennuyer. Nous, on a opté pour le baseball. Les Blue Jays de Toronto ont perdu, on n’a pas tout compris, l’ambiance n’était pas terrible terrible et s’était un peu longuet. Mais le stade était incroyable!

Stade à toit rétractable de 50'000 places. Outch… on a oublié les jumelles…

Stade à toit rétractable de 50’000 places. Outch… on a oublié les jumelles…

Les joueurs à l'action. Faut profiter, il n'y en a pas beaucoup (de l'action)

Les joueurs à l’action. Faut profiter, il n’y en a pas beaucoup (de l’action)

Bon, pas le sport. L’architecture alors? Hmm… certes il y a bien le stade et la CN Tower, mais ça ne doit pas être ça…

Haute de 553 mètres, la CN Tower est devenu le symbole de la ville de Toronto

Haute de 553 mètres, la CN Tower est devenu le symbole de la ville de Toronto

Non, ce qui frappe à Toronto, c’est sa multiculturalité. Faut dire que près de la moitié de sa population est née en dehors du Canada. Une balade sur les quais de Toronto est un voyage en soit. Ici on parle hindi, là c’est du mandarin, un peu plus loin du truc ou de l’espagnol. Et nous, ça nous fait bien marrer de voir une famille sikhe jouer au volleyball en turban et basquettes.

Allez, encore une petite ville? Nous, on passe notre tour!

Publié dans Canada, Etats-Unis, Sur la route | Un commentaire

Long is the road

Confortablement assis au volant de notre Ford Mustang de location, le paysage défile devant nos yeux à vitesse grand V. La clim’ tourne à fond, la glacière déborde de bières fraîches et la radio remplit l’habitacle de ce bon vieux folk-rock-blues des années soixante. Rien ni personne ne peut nous arrêter.

Soudain, un motard à la voix roque nous interpelle:
Where are you from ?
Heu… Switzerland.
Where ???
Switzerland…
But you are not blond hair !?!

Dur retour à la réalité…
Les fesses endolories par une sieste bien trop longue, nous suivons du regard cet être étrange s’en allant sur sa machine pétaradante, avant qu’il ne disparaisse au loin.

Adossés à l’ombre d’une cabane de chantier, nous restons là, au milieu de rien.
La voiture s’est volatilisée, la clim’ est en panne et la glacière désespérément vide.
Restent deux cyclistes exténués et leurs vélos aux sacoches pleines à craquer.

A la radio, passe un de ces morceaux venus du quatrième monde.
Un de ces morceaux qui te rappelle que la vie est une route, faite de choix et de doute.

Pas la peine d’en dire plus, place aux images, à écouter en musique, évidemment [1]:

(Cliquer sur l’image ci-dessus pour le son et sur l’image ci-dessous pour lancer le diaporama)

Pas facile de trouver son chemin au sein d'un immense désert ponctué de merveilles de la Nature. Malheureusement, le Grand Canyon ne sera pas sur notre route

Pas facile de trouver son chemin au sein d’un immense désert ponctué de merveilles de la Nature. Malheureusement, le Grand Canyon ne sera pas sur notre route

Seuls sur l'asphalte brûlant du Nevada. Il fait chaud, le soleil tape fort et on a soif…

Seuls sur l’asphalte brûlant du Nevada. Il fait chaud, le soleil tape fort et on a soif…

Dans ces conditions, deux choses deviennent rapidement indispensables: l'ombre…

Dans ces conditions, deux choses deviennent rapidement indispensables: l’ombre…

… et l'eau! Beaucoup d'eau. Cette source est chaude et a un goût épouvantable. Pourtant, elle nous a sauvé la mise

… et l’eau! Beaucoup d’eau. Cette source est chaude et a un goût épouvantable. Pourtant, elle nous a sauvé la mise

La Vallée de Feu: difficile de trouver un meilleur nom pour un paysage rouge et chaud comme la braise

La Vallée de Feu: difficile de trouver un meilleur nom pour un paysage rouge et chaud comme la braise

En proie à des hallucinations: il y a des éléphants roses au bord de la route!

En proie à des hallucinations: il y a des éléphants roses au bord de la route!

… ainsi que des traces de présence humaine. Mais qui étaient-ils?

… ainsi que des traces de présence humaine. Mais qui étaient-ils?

Arrivés en Utah, la route gagne en altitude et le thermomètre baisse un peu…

Arrivés en Utah, la route gagne en altitude et le thermomètre baisse un peu…

Les falaises vertigineuses du parc national de Zion: difficile à croire qu'une aussi petite rivière ait creusé tout ça!

Les falaises vertigineuses du parc national de Zion: difficile à croire qu’une aussi petite rivière ait creusé tout ça!

Les paysages sont tellement grands que, malgré nos efforts, on a l'impression que le décors bouge pas…

Les paysages sont tellement grands que, malgré nos efforts, on a l’impression que le décors bouge pas…

Vous nous suivez toujours? Dans 150 kilomètres le spectacle continue!

Vous nous suivez toujours? Dans 150 kilomètres le spectacle continue!

De loin, on ne voit rien, mais quand on se rapproche du Bryce Cayon…

De loin, on ne voit rien, mais quand on se rapproche du Bryce Cayon…

… le spectacle est à couper le souffle!

… le spectacle est à couper le souffle!

Tels des êtres pétrifiés, les hoodoos habitent l'amphithéâtre du Bryce Canyon…

Tels des êtres pétrifiés, les hoodoos habitent l’amphithéâtre du Bryce Canyon…

… et jouent à cache-cache avec le soleil

… et jouent à cache-cache avec le soleil

De retour sur la route, le ciel bleu et l'asphalte disparaissent pour laisser place aux nuages et au sable mou. A en perdre son courage…

De retour sur la route, le ciel bleu et l’asphalte disparaissent pour laisser place aux nuages et au sable mou. A en perdre son courage…

De plus, l'eau est toujours notre préoccupation quotidienne. Alors quand on en trouve, on en stocke. Jusqu'à 18 litres par vélo!

De plus, l’eau est toujours notre préoccupation quotidienne. Alors quand on en trouve, on en stocke. Jusqu’à 18 litres par vélo!

Heureusement, la piste s'améliore rapidement, même si ce n'est pas forcément plat…

Heureusement, la piste s’améliore rapidement, même si ce n’est pas forcément plat…

Troisième jour de piste en direction de la rivière Colorado, de retour en plein cagnard…

Troisième jour de piste en direction de la rivière Colorado, de retour en plein cagnard…

Passés au sud du Colorado, nous entrons dans la réserve des Navajos, un territoire grand comme l'Irlande. Par contre, il n'y a pas grand monde… Trois personnes au kilomètre carré!

Passés au sud du Colorado, nous entrons dans la réserve des Navajos, un territoire grand comme l’Irlande. Par contre, il n’y a pas grand monde… Trois personnes au kilomètre carré!

Et avec des distances pareilles, la visite des différents sites touristiques est généralement plus courte que le temps nécessaire pour s'y rendre…

Et avec des distances pareilles, la visite des différents sites touristiques est généralement plus courte que le temps nécessaire pour s’y rendre…

Monument Valley compte parmi les paysages les plus célèbres des USA. Yeah!!!

Monument Valley compte parmi les paysages les plus célèbres des USA. Yeah!!!

Enfin une sérieuse montée. Magnifique!

Enfin une sérieuse montée. Magnifique!

Sur le plateau, un nouveau spectacle: Sipapu, le plus grand des trois ponts du Natural Bridges National Monument (82 mètres de long)

Sur le plateau, un nouveau spectacle: Sipapu, le plus grand des trois ponts du Natural Bridges National Monument (82 mètres de long)

Après les ponts, des arches! En route pour l'Arches National Park

Après les ponts, des arches! En route pour l’Arches National Park

Le parc compte plus de deux milles arches, entre autres formations géologiques spectaculaires

Le parc compte plus de deux milles arches, entre autres formations géologiques spectaculaires

La Landscape Arch: on a failli pas la voir tant une structure pareille semble impossible (89m de long pour 32m de haut et… une largeur minimale de 1,8m)

La Landscape Arch: on a failli pas la voir tant une structure pareille semble impossible (89m de long pour 32m de haut et… une largeur minimale de 1,8m)

Soyez attentif aux cyclistes! C'est bon, j'en vois pas!

Soyez attentif aux cyclistes! C’est bon, j’en vois pas!

Enfin de la pluie! De la pluie!!! Ca pète de partout, trop beau! Le désert touche à sa fin!

Enfin de la pluie! De la pluie!!! Ca pète de partout, trop beau! Le désert touche à sa fin!

Sauf qu'il nous joue un dernier tour! On comptait sur la "ville" de Cisco pour se ravitailler en eau. C'est raté… La place est à l'abandon

Sauf qu’il nous joue un dernier tour! On comptait sur la « ville » de Cisco pour se ravitailler en eau. C’est raté… La place est à l’abandon

Pas une minute à perdre! A 75 miles par heure, il faut 40 minutes avant le prochain point d'eau. Nous, on fait du 10, voire du 12…

Pas une minute à perdre! A 75 miles par heure, il faut 40 minutes avant le prochain point d’eau. Nous, on fait du 10, voire du 12…

Westwater: drôle de nom pour un endroit où il n'y a pas d'eau… On en a la langue qui se prend dans les rayons

Westwater: drôle de nom pour un endroit où il n’y a pas d’eau… On en a la langue qui se prend dans les rayons

Grand Junction, Colorado: le soleil se couche enfin sur le désert. Il est derrière nous… L'heure est venue de prendre l'accélérateur en direction des Grands Lacs, on a rendez-vous!

Grand Junction, Colorado: le soleil se couche enfin sur le désert. Il est derrière nous… L’heure est venue de prendre l’accélérateur en direction des Grands Lacs, on a rendez-vous!


[1] Calvin Russell / Crossroads / Sounds from the fourth world / 1991

Publié dans Etats-Unis, Sur la route | Un commentaire

Traversée du désert

San Francisco, la brume s’engouffre dans la baie. Seule l’ancienne prison d’Alcatraz, posée sur son île, est réchauffée par les rayons du soleil. Partie de cache-cache permanente entre le Golden Gate Bridge et les nuages.

Alors que les piliers du Golden Gate Bridge disparaissent dans la brume, Alcatraz resplendit au soleil

Alors que les piliers du Golden Gate Bridge disparaissent dans la brume, Alcatraz resplendit au soleil

Les différents quartiers de la ville reflètent son tempérament multiculturel et alternatif.
Les trottoirs de Chinatown (la plus grande communauté chinoise hors d’Asie) débordent d’étales de fruits et de légumes. Les tarifs sont attractifs, le contact froid et l’anglais inutile. On s’y croirait!

Il paraît que certains habitants de Chinatown ne sont jamais sortis du quartier…

Il paraît que certains habitants de Chinatown ne sont jamais sortis du quartier…

Aux pieds des buildings de downtown, se trouvent quelques zonards impassibles au rythme effréné des touristes et des hommes d’affaires alors que les emblématiques cable cars ne cessent d’arpenter les rues en pente du centre-ville.

Mélange des styles dans les rues de San Francisco

Mélange des styles dans les rues de San Francisco

Un peu plus loin, près des quartiers homos ou hippies, le béton armé disparaît pour laisser place aux maisons en bois dont le style victorien donne tant de charme à la ville.

Voilà où sont passés les 90% des Redwoods (séquoias) du nord de la Californie…

Voilà où sont passés les 90% des Redwoods (séquoias) du nord de la Californie…

Soudain, la police débarque sur des motos dignes des meilleures séries américaines; l’artère principale de San Francisco est coupée pour cause de manif’. Objet de la contestation? La malbouffe, les organismes génétiquement modifiés et l’industrie agro-alimentaire avec Monsanto en ligne de mire.

Haut lieu de la contre-culture américaine, San Francisco n'est pas réputée pour marcher dans les rangs

Haut lieu de la contre-culture américaine, San Francisco n’est pas réputée pour marcher dans les rangs

Et pendant ce temps, un peu plus au sud, une succession de 1 et de 0 ne cessent de faire frémir la Silicon Valley

Les trois jours prévus pour San Francisco s’étaleront sur une semaine. Difficile de quitter une ville aussi plaisante, aussi mythique. Au même titre que Katmandou, la cité américaine la plus à l’ouest résonne aux oreilles des voyageurs comme synonyme de « bout de la route ». Mais finalement, nous ne nous y installerons pas, la faute aux loyers ahurissants…

A contre-courant

1847: San Francisco compte à peine cinq cents d’habitants. Trois ans plus tard, ils seront vingt-cinq mille! En quelques mois, la Californie deviendra le nouvel eldorado, la terre de tous les possibles; à conditions que l’on dispose d’une pèle et d’une pioche. Ils seront des centaines de milliers, venus par la terre ou les mers, à retourner le sol en quête de pépites ou de paillettes. Certains y feront fortune, d’autres non… mais ils marqueront l’Histoire, histoire que nous remonterons à contre-courant, en remettant le cap vers l’Est.

A peine sortis de la Golden Bay, le paysage change radicalement: prairies jaunies par le soleil à perte de vue, ponctuée ça et là de demeures agricoles démesurées. Finis les nuages, terminés les bourrasques et les chutes de température vertigineuses. Plus on s’éloigne du Pacifique, plus la région devient sèche et torride. En à peine quelques coups de pédales nous tomberons les pulls et les manches longues pour nous couvrir de sueur.

Plus de brouillard, plus d'humidité, plus vie… ou si peu…

Plus de brouillard, plus d’humidité, plus vie… ou si peu…

Si San Francisco s’est considérablement développée après la ruée vers l’or, d’autres villes ont totalement disparues ou presque. D’ailleurs, qui a déjà entendu parler de La Grange? Ou de Hornitos, dont la population passa de 15’000 âmes en 1870 à… 75 en 2010. Villages fantômes, comme ils disent…

Après les premières collines, des pentes sérieuses font leur apparition. Face à nous, la Sierra Nevada. Difficile de croire qu’il puisse y avoir de la neige là-haut alors que nous pédalons par 42°C. Et pourtant…

Comme souvent dans les régions montagneuses, nous longeons une rivière. Celle qui s’écoule à nos pieds file vers l’ouest… c’est nos mollets qui vont être contents. Trois jours de grimpette suffiront à rejoindre la vallée de Yosemite, au cœur du parc national du même nom.

Point de vue sur la vallée du Yosemite

Point de vue sur la vallée du Yosemite

L’endroit est splendide! Falaises de granite, cascades vertigineuses, paysages à couper le souffle… Un régal. Seule ombre au tableau: le parc étant extrêmement populaire, les campings débordent et les routes sont surchargées…

El Capitan, une des plus grandes falaises de granite au monde. Pour la grimper en entier, il faut dormir en route...

El Capitan, une des plus grandes falaises de granite au monde. Pour la grimper en entier, il faut dormir en route…

Impossible de continuer le long de la rivière: une cascade de 740 mètres nous empêche d’aller plus loin. Mais avant d’en faire le tour, on profite de notre seule journée de repos en 16 jours de route pour aller marcher quelques heures.

Vue sur les Yosemite Falls et sur Half Dome. Enorme!

Vue sur les Yosemite Falls et sur Half Dome. Enorme!

Reste à franchir l’obstacle: le Tioga Pass qui culmine à plus de 3’000 mètres. Nuit au col, au bord d’un petit lac de montagne. Il gèle pendant la nuit et la neige n’a pas encore totalement fondu…

L'ascension se poursuit entre blocs de granite et lacs de montagne

L’ascension se poursuit entre blocs de granite et lacs de montagne

Dire que dans six jours nous serons en-dessous du niveau de la mer par plus de 50°C…

De l'autre côté de la Sierra Nevada, le désert fait son apparition…

De l’autre côté de la Sierra Nevada, le désert fait son apparition…

Au delà du possible

On nous avait prévenu: dans la Vallée de la Mort, il peut faire chaud; très chaud. Surtout en été… N’est ce pas excitant? Traverser à vélo le lieu qui détient le record du monde de température dans l’air (56,7°C le 13 juillet 1913) en plein mois de juin.

A l'entrée de la Vallée de la Mort, le centre d'informations touristiques annonce la couleur…

A l’entrée de la Vallée de la Mort, le centre d’informations touristiques annonce la couleur…

A vrai dire, on peut comprendre si ça ne vous inspire pas…

Derrière nous: la Sierra Nevada, haute de ses 4'421 mètres. Devant nous: la Vallée de la Mort…

Derrière nous: la Sierra Nevada, haute de ses 4’421 mètres. Devant nous: la Vallée de la Mort…

On se sentait prêt, alors on a tenté et ça valait le coup. Tenté, oui; car on n’a pas réussi.

Première difficulté: arriver à entrer dans la vallée… Ce n’est pas extrêmement raide, mais ça monte quand même. Le soleil tape fort et notre compteur indique déjà 50°C. La première bosse est passée, reste la deuxième.

La végétation a presque totalement disparu, l'ombre aussi...

La végétation a presque totalement disparu, l’ombre aussi…

Deuxième difficulté: arriver à rouler de nuit. Pour la deuxième montée, on choisi d’attendre le coucher du soleil. Sage décision… Le thermomètre commence à redescendre, le jour s’en va, on se remet en route. Objectif: dormir au col, soit 1’000 mètres plus haut. On devrait y arriver en quatre voire cinq heures. On roulera 10 minutes avant qu’un pick-up nous propose de nous emmener…

Il est toujours plus facile de descendre… Mais arrivé tout en bas (-85,5 mètres), il n'y a rien!

Il est toujours plus facile de descendre… Mais arrivé tout en bas (-85,5 mètres), il n’y a rien!

Troisième difficulté: arriver à dormir. Il est 20h30, il fait encore 42°C. Pas très motivés à monter la tente par une chaleur pareille. Méchante erreur… Un vent chaud et sec se lève, prenant un doux plaisir à nous sécher lentement alors que nous végétons étendus sur des tables de pique-nique. Une heure du matin, il fait 37°C, pas fermé l’œil. 30 minutes plus tard, pour la première fois du voyage, on plie bagage en pleine nuit.

La seule et unique nuit où nous n'avons pas dormi ensemble. Les tables de pique-nique n'étant pas assez larges pour deux

La seule et unique nuit où nous n’avons pas dormi ensemble. Les tables de pique-nique n’étant pas assez larges pour deux

Quatrième difficulté: arriver à rouler dans la Vallée de la Mort. A la descente: tout va bien, ou presque; même s’il vaut mieux fermer la bouche, faute de quoi les orteils risquent de sécher. Lors de la pause de midi, de nombreux touristes viennent nous voir: « Mais il fait pas trop chaud pour faire du vélo? ». On ne sait pas quoi répondre… Le compteur indique 52°C… On reprend la route, et on perd la partie. Un vent de face impitoyable, qui brûle tout et qui rend fou. On vacille, le thermomètre monte encore. Pas moyen de s’arrêter, il n’y a pas un pet d’ombre… Là-bas: un arbre. Ou plutôt un arbuste. Ou peut-être un buisson. Est-il loin? On n’en sait rien… Trop loin sans doute. Mais c’est à son pied qu’on essaiera de reprendre nos esprits.

Arrivés au cœur de la vallée, ça devient vraiment intense…

Arrivés au cœur de la vallée, ça devient vraiment intense…

55°C au compteur, neuf mètres sous le niveau de la mer. Nous n'irons pas plus bas à vélo…

55°C au compteur, neuf mètres sous le niveau de la mer. Nous n’irons pas plus bas à vélo…

Cinquième difficulté: arriver à sortir de la vallée. Finalement, c’était presque le plus facile. De notre buisson plein d’épines, on se relaie pour faire du stop. Un pickup s’arrête, conduit par un Ranger. « What’s up? » – « On est cuit. » – « Ok, montez! ». Par contre, on n’a toujours pas compris pourquoi ce monsieur avec un fusil mitrailleur dans sa voiture…

Arrivés au camping, on pense prendre une douche pour se rafraîchir un peu. Finalement, ça attendra: l’eau est beaucoup, mais alors beaucoup, trop chaude! Le camping est désert, par un rat; sauf un coyote et… Nathalie et Jean qui parcourent le monde en camping-car depuis quatre ans. Personne ne sait trop pourquoi chacun est là, mais on rigole bien et le lendemain ce sont eux qui nous sortirons de cet enfer.

Une douche, de la bonne compagnie et un camping-car: que demander de plus? De l'air frais peut-être…

Une douche, de la bonne compagnie et un camping-car: que demander de plus? De l’air frais peut-être…

Un immense merci à Nathalie et Jean, ici à Badwater, le point le plus bas des Etats-Unis

Un immense merci à Nathalie et Jean, ici à Badwater, le point le plus bas des Etats-Unis

Badwater (-85,5 mètres) vu depuis Dante's View (1'669 mètres)

Badwater (-85,5 mètres) vu depuis Dante’s View (1’669 mètres)

Alors que reste-t-il d’une expérience pareille? Des paysages incroyables et des sensations folles. Tellement folles qu’elles nous semblent ne pas avoir existé. Essayé, pas pu, pas de regret. C’était au delà de notre possible, au delà de notre imaginable, mais c’était dingue.

Relevés de la station météo de la Vallée de la Mort. Température de l'air: 125°F (51,7°C), soit le 9 juin le moins froid depuis 1955… Source: National Climatic Data Center

Relevés de la station météo de la Vallée de la Mort. Température de l’air: 125°F (51,7°C), soit le 9 juin le moins froid depuis 1955… Source: National Climatic Data Center

Les oasis sortent toujours de nul part

Voilà des heures qu’on roule. Pas un virage, pas la moindre déviation. Juste une ligne droite qui s’en va vers l’infini. Le paysage ne change pas. Devant comme derrière, toujours la même ligne droite. Seule notre ombre s’allonge en fil du temps. Le temps passe mais rien ne semble indiquer qu’on avance. A droite: une clôture. A gauche: une clôture. Nos rêves de grands espaces se transforment peu à peu en prison. Pas un arbre,  pas une maison, pas une antenne. Seule cette ligne droite qui coupe le paysage en deux.

Pourtant, le trafic est dense sur la Highway 160. Les véhicules nous dépassent en une fraction de seconde mais restent visibles pour une éternité, avant de disparaître au loin, près de cette ligne qu’on appelle horizon.

Aussi loin que l’on puisse voir, aucun doute: nous n’y serons pas ce soir.

Au coucher du jour, comme le lendemain: toujours la même ligne droite

Au coucher du jour, comme le lendemain: toujours la même ligne droite

Des paysages désertiques à perte de vue, voilà ce qui nous avait fait rêver alors que nous traversions les pleines du Gange, en Inde. Rien ni personne à des kilomètres à la ronde, le pied géant. Juste pas pensé aux clôtures…

Soudain, la route semble se détourner de cet horizon sans fin. Un mirage? Non, un virage! Puis une bonne montée, suivie d’une belle descente et au loin… au loin une espèce de truc incroyable… impensable. Une ville! Là, posée au milieu de rien… On a beau cligner des yeux, l’oasis du vice et du péché ne disparaît pas… Las Vegas!

Lieu étrange pour y construire une agglomération de deux millions habitants, non?

Lieu étrange pour y construire une agglomération de deux millions habitants, non?

T’as pas deux balles?

Deux balles? Mais pour faire quoi? Pour les claquer au casino?
Non… pour acheter une bouteille d’eau…

Que penser de Las Vegas…
Absurde? Démesuré? Invraisemblable? Epatant? Vulgaire? Fantastique? Climatisé?
Tout en même temps sans doute.

Fabulous Las Vegas: c'est malgré tout assez vrai

Fabulous Las Vegas: c’est malgré tout assez vrai

Mais quand même, une telle profusion d’enseignes lumineuses et de fontaines au milieu du désert, ça fait un choc.

Le Paris Las Vegas et sa tour Eiffel en face de la fontaine du Bellagio

Le Paris Las Vegas et sa tour Eiffel en face de la fontaine du Bellagio

Première ville hôtelière au monde, Vegas est avant tout connue pour The Strip, son boulevard monumental bordé de casinos des plus extravagants. Difficile de rester impassible devant tant de « bling-bling ».

The Strip: le boulevard principal de Las Vegas où se regroupent les plus grands casinos-hôtels

The Strip: le boulevard principal de Las Vegas où se regroupent les plus grands casinos-hôtels

A l’intérieur des casinos, pas d’horloge. La lumière est toujours la même, de jour comme de nuit. Tout est fait pour qu’on y perde la notion du temps, et plus, si affinités.

Salles de jeux et décors monumentaux, voilà ce qui se cache à l'intérieur des casinos

Salles de jeux et décors monumentaux, voilà ce qui se cache à l’intérieur des casinos

Roulette, Backjack, Craps, Poker, machines à sous: tout est fait pour alléger votre porte-monnaie

Roulette, Backjack, Craps, Poker, machines à sous: tout est fait pour alléger votre porte-monnaie

Et pour divertir près de 40 millions de visiteurs chaque année, les plus grands du show-business sont de la partie: Le Cirque du Soleil (omniprésent), Elvis (qui assure tous les soirs à la même heure cinq concerts dans cinq casions différents), David Copperfield (même pas mort…), Céline Dion (de retour!), Franck Sinatra (saison annulée, désolé) et toute la clique.

Reste un mystère: pourquoi les gens continuent-ils à jouer dans ces casinos alors qu’ils savent pertinemment qu’ils contribuent eux-mêmes au financement de ces établissements? Peut-être pour la même raison qu’une ville existe au milieu du désert…

Falling in love with Las Vegas? Well, not sure…

Falling in love with Las Vegas? Well, not sure…

To be continued…


Pour ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion d’écouter le récit de notre tentative dans la Vallée de la Mort, il est disponible dans les podcasts d’Allo la Planète sur le mouv’ (Radio France).
Emission du 14 juin 2013 (début à 43:30 ou 2615 secondes):

Publié dans Etats-Unis, Sur la route | Un commentaire

Au delà des mers

Finalement, nous sommes restés jusqu’au bout, jusqu’au dernier jour de notre visa indien. Dernier regard sur la mer d’Arabie avant le grand saut.

Le soleil se couche sur la mer d'Arabie… pour réapparaître de l'autre côté

Le soleil se couche sur la mer d’Arabie… pour réapparaître de l’autre côté

La contrainte de quitter le sous-continent indien par les airs impose de faire un choix de destination et de le planifier. Les possibilités sont nombreuses: Afrique? Océanie? Ou rester en Asie et rentrer par la Mongolie et la Russie?

Finalement, c’est notre soif de grands espaces désertiques qui a pris le dessus. Soif augmentée d’un furieux besoin de quelque chose de plus calme, de plus organisé, de plus « facile ». L’Inde aura été fascinante, captivante et… épuisante.

Voilà ce qu'il nous manquait depuis quelques temps: du calme!

Voilà ce qu’il nous manquait depuis quelques temps: du calme!

Alors on remet le cap vers l’Est avec une escale à Hong Kong. Puis, tellement à l’Est que ça en devient l’Ouest! La côte ouest de l’Amérique du Nord.

Bienvenue à Vancouver, Colombie-Britannique, Canada!

Madame la Reine: bonjour!

Hein?!? Eh oui, si l’Inde gagne son indépendance en 1947 et Hong Kong est rétrocédée à la Chine 50 ans plus tard, le Canada demeure toujours sous la souveraineté d’Elisabeth II.

Statue de la Reine Victoria devant le Parlement de la Colombie-Britannique à… Victoria

Statue de la Reine Victoria devant le Parlement de la Colombie-Britannique à… Victoria

Ca fait un choc. Mais peut-être que notre choc vient d’ailleurs…
Bombay – Vancouver en 33 heures, ça fait peu pour un si grand écart…

Les rues sont propres, les voitures s’arrêtent trois mètres avant le passage piétons, les magasins débordent de denrées qui nous semblent… hors de prix!

Downtown Vancouver vu du Stanley Park, à la marrée basse

Downtown Vancouver vu du Stanley Park, à la marrée basse

Certains changements sautent aux yeux: la ville est verdoyante et organisées, les rues semblent étrangement vides et les parcs regorgent de cyclistes ou de coureurs en sueur. Et d’autres mettront plus de temps à se révéler…

Après une semaine d’acclimatation, nous voilà parés à reprendre la route.

Entre la pluie et le beau temps, les écarts de température sont saisissants

Entre la pluie et le beau temps, les écarts de température sont saisissants

Retour à la nature

Le vert est partout. Que ce soit au cœur de Vancouver ou dans les forêts avoisinantes. A cela, une raison: la proximité du Pacifique et les pluies abondantes qui se déversent sur les terres. On nous avait prévu, mieux vaut être capable d’apprécier le « liquid sunshine« .

La forêt déborde de toutes parts!

La forêt déborde de toutes parts!

Pourtant, mise à part une journée détrempée, la météo sera étonnamment clémente et le vent en notre faveur. Et quel bonheur de pouvoir monter sa tente en pleine nature et se faire réveiller par le chant des oiseux!

En route, nous croiserons ours, colibris, éléphants de mer, serpents, chevreuils, pélicans, fumeurs de pétards, étoiles de mer, goélands. Les baleines resteront discrètes et les huîtres finiront dans nos assiettes!

Boîtes à ours, élans au milieu de la route et pique-niqueur clandestin

Boîtes à ours, élans au milieu de la route et pique-niqueur clandestin

Si la nature nous fascine, l’hospitalité des Nord-Américains nous touche beaucoup. Entre Vancouver et San Francisco, nous serons à hébergés onze reprises (pour un total de 29 nuits!) que ce soit spontanément ou via Warm Showers [1]. Tant de générosité pour autant de partage, que ce soit chez des retraités en pleine forme, un couple mormon, un constructeur de vélo, des fumeurs de pétards, des cyclistes chevronnés ou une veuve végétarienne. Nos préjugés et stéréotypes en prennent un coup…

Les pieds dans l’eau…

Longer la côte du Pacifique est un vrai plaisir. Certes, il n’y pas vraiment de pistes cyclables mais le trafic est modéré et le trajet est jalonné par de nombreuses plages et petites villes.

Une cohabitation pas toujours facile au pays de la voiture…

Une cohabitation pas toujours facile au pays de la voiture…

Message à l'attention des conducteurs: réveillez-vous et arrêtez de boire non d'un chien!

Message à l’attention des conducteurs: réveillez-vous et arrêtez de boire non d’un chien!

Les Etats-Unis (péninsule d'Olympia, Oregon) vus depuis le Canada (Victoria, Colombie-Britannique)

Les Etats-Unis (péninsule d’Olympia, Oregon) vus depuis le Canada (Victoria, Colombie-Britannique)

Maison victorienne dans la ville d'Eureka. Déjà louée malheureusement…

Maison victorienne dans la ville d’Eureka. Déjà louée malheureusement…

Route avec vue: falaises et plages sans fin

Route avec vue: falaises et plages sans fin

Y a pas mal de vagues mais on s'en lasse pas!

Y a pas mal de vagues mais on s’en lasse pas!

… et la tête dans les épines

« En Amérique, tout est grand! » nous avait dit fièrement un Californien rencontré au Népal. Et c’est en grande partie vrai: le pays est grand, les voitures sont grandes, les gens sont grands (quoi que plutôt larges que hauts, mais pas tous), les steaks sont grands, les télévisions sont grandes, etc, etc, etc.

Même les arbres sont grands! Et pas qu’un peu! Genre dans les cent mètres! Autrement dit, les être vivants les plus hauts du monde! Les plus beaux spécimens sont au nord de la Californie, dans les Redwoods et certains d’entre eux ont plus de 2’000 ans!

Sur l'Avenue des Géants: la route serpente parmi les plus grands arbres du monde

Sur l’Avenue des Géants: la route serpente parmi les plus grands arbres du monde

Deux petits cyclistes perdus dans une forêt fantastique

Deux petits cyclistes perdus dans une forêt fantastique

Planter notre petite tente au milieu de ces géants fut absolument extraordinaire. Entourés par des troncs gigantesques, près de 30 mètres en dessous des premières branches, sur un parterre de mousse. Inoubliable. Seul défaut de l’endroit: l’absence totale de bruit… à en être inquiétant…

Monde 100% végétal, témoin silencieux du temps qui passe

Monde 100% végétal, témoin silencieux du temps qui passe

Perdus dans la forêt des mystères pour une nuit fascinante passée à parler aux arbres

Perdus dans la forêt des mystères pour une nuit fascinante passée à parler aux arbres

Allez! Plus qu’un pont à traverser et nous serons à San Francisco.
Mais attention, c’est pas n’importe quel pont et il est long!!!

Le Golden Gate Bridge fût, lors de sa construction dans les années 30, le plus long pont suspendu du monde

Le Golden Gate Bridge fût, lors de sa construction dans les années 30, le plus long pont suspendu du monde


[1] www.warmshowers.org: le réseau véritablement social pour les cyclistes d’ici et d’ailleurs

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Un cocktail relevé: le sous-continent indien en images

Faire du vélo, ça donne soif. Alors, en guise d’épilogue à notre séjour dans le sous-continent indien, voici une recette pour un cocktail étonnant plein de vitalité et dont le résultat peut varier à chaque préparation.

Liste des ingrédients:
– un gros paquet de pauvres
– une botte (trouée) de mendiants
– quelques morceaux de richesse « surchoix »
– un bouquet de paysages à couper le souffle
– des litres de flotte
– un sachet de démocratie en poudre
– deux bâtons d’encens « extra fort »
– un sac d’ordures nauséabondes
– un zeste de destinée et une cuillère de corruption
– toutes les épices possibles et imaginables disponibles dans votre cuisine

Préparation:
Répartir injustement tous les ingrédients en castes et sous-castes dans un plat mal lavé
Prendre soin de laisser les hommes d’un côté et les femmes de l’autre
Faire cuire le tout dans une chaleur étouffante
Arroser copieusement de croyances et de religions
Laisser goger pour quelques mois, durant la mousson
Ajouter de la vie autant que possible
Demander à une vache de piétiner le tout
Mélanger énergiquement en faisant un maximum de bruit sans être surpris si les pauvres restent au fond
Laisser reposer avant d’obtenir une masse multicolore, hétérogène et indescriptible
Saupoudrer de rires, de larmes et de déchets
Servir bouillant ou glacé, dans une symphonie de klaxons

Avant de déguster:
Informez vos invités que ce cocktail pourrait les surprendre, voire les chambouler.
Certains risquent de ne pas finir leur verre, d’autres vont peut-être en redemander, mais aucun ne restera indifférent.

Vous trinquez avec nous?
Une nouvelle galerie a été ajoutée sur www.fonto.ch
Disponible directement en allant sur www.fonto.ch/fr/avelo/inde-nepal
À consommer en quatre minutes, ou plus!

Santé!

Publié dans En images, Inde, Népal | Un commentaire

Un billet pour Bombay s’il vous plait!

On a envisagé de fuir, on a choisi de rester.
On a pensé prendre un train, on a décidé de rouler.

Finalement, sur les 6’000 bornes parcourues dans le sous contient indien, seuls 10 misérables petits kilomètres n’auront pas été faits à vélo. Six mille kilomètres allant des plus hauts cols à la mer, des pentes affolantes à la platitude du bassin du Gange, des nuits glaciales à la chaleur étouffante de Bombay.

Si notre premier séjour en Inde fut parsemé de paysages incroyables, le deuxième est nettement plus axé vestiges culturels de l’ancien temps. Après les lieux marquants de la vie du Bouddha et Vârânasî, notre route serpente entre temples hindous, vestiges préhistoriques et grottes richement sculptées. Et quelques grosses villes jalonnent le parcours jusqu’à Bombay (de son nouveau nom Mumbai), la plus grande métropole du pays (et bientôt du monde).

Mais tout d’abord, il s’agit de quitter les plaines du Ganges… et ce n’est pas une mince affaire: routes encombrées et défoncées, orages monumentaux, champs de boue, nuits difficiles… La fatigue s’accumule et notre tolérance s’amenuise à vue d’œil.

Sur la route: on voit de tout ou on n'y voit rien. Et il nous arrive de préférer la deuxième option…

Sur la route: on voit de tout ou on n’y voit rien. Et il nous arrive de préférer la deuxième option…

Nuit improvisée dans une salle de classe. Abandonnée? Apparemment pas…

Nuit improvisée dans une salle de classe. Abandonnée? Apparemment pas…

Heureusement, en filant vers le sud, les choses s’améliorent peu à peu: le ciel passe au bleu uni, la température monte et les rencontres s’enrichissent. Les paysages deviennent plus variés et les conditions de vie semblent plus acceptables.

Splendeur du passé, rongée peu à peu par la nature et le temps

Splendeur du passé, rongée peu à peu par la nature et le temps

La lenteur de notre moyen de transport nous impose de faire de nombreux arrêts, parfois contraignants, souvent étonnants, généralement enrichissants.
La liberté que nous offre nos vélos nous donne la possibilité de faire de plusieurs détours, parfois par des petites routes, souvent dans la campagne, généralement hors des sentiers battus.

Voici quelques unes des étapes qui ont jalonné notre route pour Bombay.

Premier arrêt: les temples de Khajurâho

Etape incontournable de tout circuit touristique qui se respect, Khajurâho draine chaque année des centaines de milliers de touristes. Ici, tout est fait pour le tourisme de masse: nouvel aéroport, bus climatisés pour rejoindre les hôtels confortables des chaines internationales, restaurants aux plats sans goût, absence de pauvreté criarde, pelouses impeccables invitant à la sieste. Mais pas le temps de se reposer! Le timing est serré et le temps à disposition entre deux avions n’excède généralement pas 24 heures.

Tout le monde se presse à Khajurâho: éléphants, chameaux et touristes des quatre coins de la planète

Tout le monde se presse à Khajurâho: éléphants, chameaux et touristes des quatre coins de la planète

Nous restons quatre jours à flâner dans l’ancienne capitale religieuse des Chandelâ, à admirer temples et sculptures des Xème et XIème siècles.

Vue d'ensemble des temples Kandariya Mahadev, Mahadeva et Devî Jagadambâ

Vue d’ensemble des temples Kandariya Mahadev, Mahadeva et Devî Jagadambâ

Tout ça pour des temples? Oui, tout ça pour des temples… Mais pas n’importe lesquels! La finesse et la profusion des sculptures qui ornent les vestiges de Khajurâho sont tout simplement incroyables.

Qu'il s'agisse du toit ou des façades, les temples sont décorés d'innombrables sculptures

Qu’il s’agisse du toit ou des façades, les temples sont décorés d’innombrables sculptures

Scènes de vie entre divinités indiennes. A gauche, Vishnu et sa femme Laxmi

Scènes de vie entre divinités indiennes. A gauche, Vishnu et sa femme Laxmi

La signification des scènes érotiques sur certaines parties des temples reste un mystère…

La signification des scènes érotiques sur certaines parties des temples reste un mystère…

Deuxième arrêt: les stupas de Sânchî

En poursuivant vers le sud, nous remontons le temps pour arriver au IIIème siècle avant notre ère. A cette époque, un empereur se convertit au bouddhisme et pour marquer le coup, il fit construire un grand stupa à Sânchî.

Le grand stupa de Sânchî est encerclé par un mur avec quatre entrées représentants les points cardinaux

Le grand stupa de Sânchî est encerclé par un mur avec quatre entrées représentants les points cardinaux

Oublié pendant des siècles, le site fût redécouvert en 1818 avant d’être pillé puis restauré. De nombreuses ruines de monastères et d’autres stupas entourent le stupa central aux portiques finement sculptés. Seul le chant de quelques oiseaux vient perturber le silence et la sérénité de l’endroit.

Ruine d'un temple du VIIème à proximité du grand stupa

Ruine d’un temple du VIIème à proximité du grand stupa

Arrêt facultatif et sur demande: le Tropique du Cancer

Une trace de peinture sur le sol, un panneau et c’est tout. Pas de quoi en faire un plat de lentilles. N’empêche que… à partir de ce jour là, on n’a plus vu le moindre nuage et le thermomètre n’a cessé de grimper, pour atteindre les 43°C sur le guidon et les 35°C à l’ombre. Sans parler du taux d’humidité…

C'est n'est qu'une ligne et pourtant, elle marque une nouvelle étape: désormais, nous roulons sous les tropiques!

C’est n’est qu’une ligne et pourtant, elle marque une nouvelle étape: désormais, nous roulons sous les tropiques!

Les palmiers jalonnent notre parcours et les marchés regorgent de fruits multicolores. Mais quelques dizaines de kilomètres plus loin, l’eau disparaît. Fini les pompes en bord de route et les rivières nauséabondes. Le sol devient désespérément sec et les habitations se raréfient… Et dire que dans deux mois les trombes de la mousson s’abattront sur la région.

Bienvenue au pays de la soif. Difficile à croire mais dans quelques semaines tout sera vert par ici!

Bienvenue au pays de la soif. Difficile à croire mais dans quelques semaines tout sera vert par ici!

On en profite pour faire un rapide stop ravitaillement à Bhopal, capitale de l’Etat du Madhya Pradesh. Située sur le Tropique du Cancer, cette ville est tristement célèbre pour avoir été le théâtre de la plus grave catastrophe industrielle de l’Histoire…

Bhopal héberge plus de 400 mosquées dont la Taj-ul-Masajid, une des plus grande au monde

Bhopal héberge plus de 400 mosquées dont la Taj-ul-Masajid, une des plus grande au monde

Pas de wagon-lit mais un abri pour la nuit

Si l’Inde est le seul pays où nous devons nous cacher pour dormir, il nous arrive aussi de demander la permission pour nous installer ici ou là. La démarche peut paraître gênante mais elle a l’avantage de pousser à la rencontre tout en assurant notre sécurité. En quittant Bhopal, nous arrivons à Bhimbetka. De la route, on distingue, en haut d’une colline, des formations rocheuses des plus étranges. Allons voir de plus près!

Les abris-sous-roche de Bhimbetka, le spot parfait pour la nuit?

Les abris-sous-roche de Bhimbetka, le spot parfait pour la nuit?

Oui! L’endroit est parfait pour y dormir. Seul problème: d’autres l’on trouvé avant nous et n’ont pas laissé le site dans un état irréprochable… Depuis, l’accès est restreint afin de protéger au mieux ces vestiges vieux de dix mille ans. Eléphants, mains d’enfant, scènes de chasseurs et cérémonies religieuses sont illustrés sur les parois des abris et comptent parmi les plus belles peintures rupestres de cette époque.

On ne leur a pas dit de ne jamais laisser de traces lorsqu'on fait du camping???

On ne leur a pas dit de ne jamais laisser de traces lorsqu’on fait du camping???

Du coup, impossible de camper là. Mais Siddesh, le responsable de la sécurité du site, nous invite chez lui pour la nuit!

A l’ombre!

Le soleil tape fort, le taux d’humidité augmente et les pauses de midi ont tendance à s’allonger plus que de raison. Même les nomades semblent partir chercher de l’ombre…

Famille nomade en transhumance. Les femmes et les enfants avec les dromadaires tandis que les hommes s'occupent des troupeaux

Famille nomade en transhumance. Les femmes et les enfants avec les dromadaires tandis que les hommes s’occupent des troupeaux

Les grottes d’Ajanta et d’Ellora, au nord d’Aurangabad, nous permettrons de passer quelques heures au frais à admirer temples et lieux de vie du passé. Contrairement à l’habitude, ici c’est l’art de la destruction qui fascine. Tout est sculpté de l’intérieur. Des milliers et des milliers de mètres cubes creusés dans des falaises pour arriver à un résultat éblouissant.

Statues dans une grotte bouddhiste d'Ajanta

Statues dans une grotte bouddhiste d’Ajanta

Le site d'Ajanta: une trentaine de grottes creusées dans une falaise en fer à cheval

Le site d’Ajanta: une trentaine de grottes creusées dans une falaise en fer à cheval

Les grottes d'Ellora, postérieures à celles d'Ajanta, frappent par la complexité et l'harmonie de leur architecture

Les grottes d’Ellora, postérieures à celles d’Ajanta, frappent par la complexité et l’harmonie de leur architecture

Il aura fallu plus de 150 ans pour excaver les 200'000 tonnes de roche entourant le temple de Kailâsanâtha!

Il aura fallu plus de 150 ans pour excaver les 200’000 tonnes de roche entourant le temple de Kailâsanâtha!

Dernière étape: la mer!

Et dire que dans le même pays, nous passions un col à 5’359 mètres! Maintenant, on ne peut pas aller plus bas et il est temps de prendre quelques jours de repos bien mérités. Certes, l’eau n’est pas transparente mais elle est chaude et les noix de coco sont bonnes.

Noix de coco et coucher de soleil! La fin de notre séjour asiatique approche

Noix de coco et coucher de soleil! La fin de notre séjour asiatique approche

Quelques jours à longer la côte, à reprendre des forces et profiter d’une météo splendide. La région est étonnamment bien préservée avec quelques belles plages et des terrains de camping pas possibles!

C'est très tentant de dormir à la belle étoile par ici. On a testé et on n'a pas fermé d'œil de la nuit!

C’est très tentant de dormir à la belle étoile par ici. On a testé et on n’a pas fermé d’œil de la nuit!

Bombay, gare terminus, tout le monde descend!

Finalement, on y est! Bombay (ou Mumbai), la plus grande ville du deuxième pays le plus peuplé au monde… On avait tout prévu: arrivée en bateau, réservations d’hôtel, dernière nuit près de l’aéroport. Finalement, on a dû tout annulé! On file directement chez une famille de Français rencontrée sur la plage qui nous invite chez eux pour nos dernières nuits indiennes.

D'un seul coup d'un seul, plus de stress, tout devient simple et agréable, voire très agréable! Merci les amis!

D’un seul coup d’un seul, plus de stress, tout devient simple et agréable, voire très agréable! Merci les amis!

Bombay fascine et fait peur. Pleine de contraste, cette fourmilière géante est à l’image de l’Inde: un formidable chaos. La capitale économique du pays trouble par sa richesse et sa pauvreté, par sa vétusté et sa modernité…

Coup de peinture sur des bâtiments à l'agonie

Coup de peinture sur des bâtiments à l’agonie

Un passage par la gare Chhatrapati Shivaji et on pacte tout.
Nous quittons l’Inde, avec pas mal de bactéries en plus et d’illusions en moins.
En route pour un nouveau contient!

Victoria Terminus: la gare la plus importante d'Asie avec 2,5 millions de passagers par jour!

Victoria Terminus: la gare la plus importante d’Asie avec 2,5 millions de passagers par jour!

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L’Inde, des visages

Oh oui, l’Inde dévisage! En permanence, avec curiosité et insistance.

Dans un pays où il est quasiment impossible d’être seul, les rencontres font partie de chaque instant.

Parfois des sourires, souvent des interrogations, toujours des histoires.

Dans cette Inde au mille facettes, voici quelques-uns de ses visages.

Cliquez sur la première photo pour lancer le diaporama.


En route pour le monastère / Ladakh / Jammu & Cachemire

En route pour le monastère / Ladakh / Jammu & Cachemire

Lors d'un festival tibétain / Spiti Valley / Himachal Pradesh

Lors d’un festival tibétain / Spiti Valley / Himachal Pradesh

Il fait meilleur au soleil / Kinnaur Valley / Himachal Pradesh

Il fait meilleur au soleil / Kinnaur Valley / Himachal Pradesh

Pendant la Puja / Lumbini / Téraï népalais

Pendant la Puja / Lumbini / Téraï népalais

Petit matin brumeux / Route de campagne / Bihar

Petit matin brumeux / Route de campagne / Bihar

Question de genres / Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Question de genres / Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Lors du défilé des gurus / Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Lors du défilé des gurus / Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Sur le chemin du retour / Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Sur le chemin du retour / Kumbh Mela, Allahabad / Uttar Pradesh

Marchant de céréales / Tropique du Cancer / Madhya Pradesh

Marchant de céréales / Tropique du Cancer / Madhya Pradesh

Lors de Holî, la fête des couleurs / Konkan Coast / Maharashtra

Lors de Holî, la fête des couleurs / Konkan Coast / Maharashtra

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Sur les rives du Gange

Il y a un point dans la conscience où rien n’existe. Choc. Néant. Silence. Vide. Transe. Absence. Gouffre. Vacuité. Vacuum. Tant de mots et cependant rien ne capte ce point, le point de vie, le point de mort… C’est pour le découvrir que Bénarès est, ce n’est pas parce que ses sages ont trouvé ce point, mais, précisément, parce qu’ils ne l’ont jamais trouvé.
                                                                    – Vijay Singh / Jaya Ganga, Le Gange et son double

Une ville plus vieille que l’Histoire

L’existence de Vârânasî remonte à la nuit des temps. Détruite puis reconstruite à de nombreuses reprises, son histoire en fait une des agglomérations continuellement habitées les plus vielles au monde!

Vârânasî et ses mystères, les jours de brume

Vârânasî et ses mystères, les jours de brume

Plus connue sous le nom de Bénarès, Vârânasî a toujours été un centre de première importance pour les études religieuses et n’a jamais perdu de son caractère sacré.

Etude des textes ou yoga? On a l'embarras du choix!

Etude des textes ou yoga? On a l’embarras du choix!

En mettant les pieds à Bénarès, on touche au cœur de l’hindouisme, troisième religion au monde et pratiquée par environ 80% de la population indienne. Ici, tout est sacré, à commencer par le Gange qui la borde depuis plus de 2’700 ans…

La ville s'étire sur les rives du Gange

La ville s’étire sur les rives du Gange

Le sacré rythme la vie quotidienne par un ensemble de croyances, de rites et de sagesses venus d’un passé immémorial. Entre le bain du matin et les cérémonies du soir, la vie suit son court, ponctuée de prières et d’offrandes.

Rituel sacré aux premières lueurs du jour

Rituel sacré aux premières lueurs du jour

Ganga aarti, cérémonie du soir avec offrandes et prières

Ganga aarti, cérémonie du soir avec offrandes et prières

Et si des touristes du monde entier viennent à Vârânasî en visite, des hindous de toute l’Inde viennent à Bénarès pour y mourir. Parmi les nombreux ghâts qui longent le Gange, deux sont spécifiquement dédiés aux crémations. Chaque jour, plus de deux cents corps y sont brûlés avant que leurs cendres soient jetées au fleuve, délivrant ainsi le défunt du cycle des renaissances.

Manikarnika Ghat, le principal lieu de crémation de Bénarès

Manikarnika Ghat, le principal lieu de crémation de Bénarès

Une telle proximité avec la mort chamboule, interroge et pousse à la réflexion. L’ultime étape de toute vie est célébrée en public, aux yeux de tous. Sauf aux yeux des femmes…

Heureusement, elles ne savent pas voler

Dans une ville entièrement dédiée au dieu Shiva, les vaches sont bien évidemment omniprésentes. Animal sacré par excellence, la vache est symbole d’abondance, de force et d’altruisme. Shiva lui-même a pour monture un taureau, représenté à l’entrée des temples qui lui sont dédiés.

Alors, dans les ruelles de la vieille ville de Bénarès, il n’est pas rare de devoir faire place à celle qui sera caressée ou bénie par les passants. Nul n’a le droit de nuire à une vache, et une vache a toujours raison, qu’elle bloque le trafic, pique une orange ou défèque au milieu du passage.

Partie de cricket écourtée, les vaches sont de retour!

Partie de cricket écourtée, les vaches sont de retour!

D’ailleurs, l’utilité de ces bovidés n’est plus à démontrer. Producteurs de lait, d’engrais et de combustibles, ils jouent également le rôle d’éboueurs. Ici, le sacré se nourrit des ordures…

Bénarès attire et repousse à la fois, offrant un condensé des contrastes de l’Inde.
Bénarès, aux ghâts ensoleillés et au labyrinthe de ruelles sans soleil.
Bénarès, où il est si facile de s’y perdre et où on peine à s’y retrouver.

Derrière les ghâts se cache un dédale de ruelles

Derrière les ghâts se cache un dédale de ruelles

Pureté spirituelle et infection vivante

Tout le long de la rive, des ghâts permettent aux hindous de rejoindre le fleuve sacré afin de s’y baigner et de célébrer celui qui lave de tous les pêchés. Ainsi, indigènes, pèlerins, sâdhus, laveurs de linge, touristes et loueurs de bateaux se retrouvent sur les berges du Gange.

Dhobi-wallah, blanchisseur à l'action dans les eaux brunes du Gange

Dhobi-wallah, blanchisseur à l’action dans les eaux brunes du Gange

Lessive étendue sur les ghâts en attendant un rayon de soleil

Lessive étendue sur les ghâts en attendant un rayon de soleil

Le Gange… Le fleuve sacré aux eaux troubles. Il illustre à lui seul la foi des hindous. Tout le monde sait que ses eaux sont insalubres[1], pourtant tout le monde croit en son pouvoir purificateur. Venir s’y laver et boire de son eau font partie intégrante des rituels. Et peu importe que la personne d’à côté soit en train d’y faire ses besoins.

Pour l'esprit ou pour le corps, un petit décrassage s'impose!

Pour l’esprit ou pour le corps, un petit décrassage s’impose!

Ça peut paraître inimaginable. Pourtant, même les journaux l’affirme: se baigner dans le Gange durant la Kumbh Mela est bon pour la santé.

Tous à la fête de la cruche!

Tous? Oui, tous! Enfin presque… 100’000’000! Cent millions de personnes!! Près de 10% de la population du deuxième pays le plus peuplé au monde!!!

La Maha Kumbh Mela[2] est le plus grand rassemblement de l’histoire de l’humanité. Un festival qui se tient tous les douze ans à Allâhâbâd, à 130 kilomètres en amont de Vârânasî.

Pour un tel événement, une gigantesque infrastructure a été mise en place

Pour un tel événement, une gigantesque infrastructure a été mise en place

Mais quelles sont les têtes d’affiche d’un tel festival? Elles sont trois: le Gange, la Yamunâ et la Sarasvatî, rivière mystique et invisible de la croyance hindoue. Et, au Sangam, là où confluent les trois fleuves sacrés, le plus grand camping de tous les temps a pris ses quartiers.

Des pèlerins des quatre coins de l'Inde viennent prendre le bain sacré

Des pèlerins des quatre coins de l’Inde viennent prendre le bain sacré

La mythologie hindoue raconte que les dieux et les démons se battaient pour une cruche contenant le nectar de l’immortalité. Durant la lutte, quatre gouttes du précieux liquide seraient tombées sur Terre. Depuis, des fêtes gigantesques sont organisées successivement tous les trois ans à ces endroits.

Offrandes et rituels sur les rives du fleuve

Offrandes et rituels sur les rives du fleuve

Pour l’occasion, une ville temporaire a été emménagée sur les rives du Gange et de la Yamunâ. Plus de cinquante kilomètres carrés de campements permettent d’héberger prêtres, sâdhus, gourous et pèlerins durant les deux mois que dure la fête. Et, contre toute attente, l’endroit frappe par son organisation et sa relative propreté.

De jour comme de nuit, le plus grand camping au monde ne laisse pas indifférent

De jour comme de nuit, le plus grand camping au monde ne laisse pas indifférent

Hormis l’immersion dans les eaux sacrées, le pèlerinage permet aux hindous de rencontrer leur gourou et d’en suivre les enseignements. Pour les sâdhus, la Kumbh Mela est l’occasion de recevoir une « promotion » dans leur ordre ou de débuter une nouvelle ascèse. Et pour nous, une expérience unique et inoubliable.

A l'heure du repas, sâdhus et pèlerins attendent d'être servis

A l’heure du repas, sâdhus et pèlerins attendent d’être servis

Malgré l'eau froide, on profite pour s'amuser

Malgré l’eau froide, on profite pour s’amuser

Après le bain, l'heure est au maquillage!

Après le bain, l’heure est au maquillage!

Lors de notre première visite, début février, nous découvrons un festival à l’ampleur démesurée mais à l’ambiance bon enfant. Les pèlerins, souvent en famille, se rassemblent sur les rives du Sangam pour se baigner et pique-niquer. Les camps de sâdhus accueillent les gens de passage pour le repas ou pour la nuit, permettant à chacun de rencontrer ces « hommes de bien ». Visites étonnantes où se mêlent des hommes entièrement nus, la peau couverte de cendres et d’autres « phénomènes ».

Celui-ci a fait le don d'un bras, celui-là a décidé de vivre nu…

Celui-ci a fait le don d’un bras, celui-là a décidé de vivre nu…

Heu... J'ai comme un p'tit coup d'barre, là...

Heu… J’ai comme un p’tit coup d’barre, là…

Mais vu que l’Homme peine à se satisfaire du bien et qu’il faut un meilleur à tout, le 10 février a été déterminé par les astrologues comme étant le jour le plus favorable à la baignade. Et ce jour-là, nous étions 30 millions sur les rives du Gange et de la Yamunâ.

Le 10 février en milieu de matinée, alors que nous rentrons nous coucher, une foule de pèlerins ne cesse d'arriver

Le 10 février en milieu de matinée, alors que nous rentrons nous coucher, une foule de pèlerins ne cesse d’arriver


[1] En 1986, une étude a révélé un taux de bactéries fécales 3’000 fois supérieur à la norme…

[2] Pour en savoir plus sur ce rassemblement unique au monde, nous vous conseillons la lecture de l’article « Inde: sur les bords du Gange, le plus grand rassemblement au monde » parût sur Le Point.fr

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Changement de sens

Sans le savoir, en partant de Katmandou, nous quittons le point le plus oriental de notre voyage. Trois petits cols et les pentes himalayennes laissent place à la platitude des plaines du Gange. En guise de cadeau d’adieu, le Népal nous offre un orage monumental. Une déferlante de pluie et de grêle illuminée par la foudre qui éclate autour de nous. Toute la puissance du Ciel s’abat sur la Terre, emportant sur son passage les illusions des Hommes.

Le lendemain, alors que tout ce qui était dur est redevenu mou, nous traversons la frontière indienne. Un nouvel orage s’abat sur nous. Le ciel est gris, il ne pleut pas, pourtant une tempête sensorielle nous emporte sans ménagement dans un monde cruel et révoltant. Hier, le Népal nous offrait un abri pour la nuit; aujourd’hui, l’Inde nous met à nu, les genoux dans la boue.

Retour en Indes

« Heu… y aurait pas une petite faute de frappe dans le titre??? »

Pas vraiment… Tant notre sentiment de diversité est immense… Inde multiple, Inde plurielle. Religions, langues, tribus, climats, cultures, … Tensions et déchirures parsèment le territoire de « la plus grande démocratie au monde ».

De loin, l’Inde nous donne l’impression d’être un chaos fonctionnel. Mais quand on y regarde de plus près, les injustices, la pauvreté et les souffrances sautent yeux, prennent à la gorge.

Même la hiérarchisation de la société indienne est multiple: le système de castes qui définit à la naissance le statut de l’individu côtoie un système basé sur les moyens financiers. Tous deux accordent ou soustraient des privilèges qui ne manqueront pas d’être mis en avant à chaque occasion. Sur les routes, c’est la loi du plus fort. Quant aux femmes… elles n’existent qu’à travers la gente masculine, s’adonnant aux tâches les plus pénibles pendant que ces messieurs exercent le métier de femme de chambre ou d’esthéticien. Même les étrangères ne semblent guère être reconnues comme individus.

 Il n'y a qu'une seule femme adulte devant ce temple. Sauriez-vous la trouver?

Il n’y a qu’une seule femme adulte devant ce temple. Sauriez-vous la trouver?

Notre retour en Inde se fait par l’Etat du Bihar, une des régions les plus pauvres du pays. 110 millions d’habitants, soit plus de 1’150 personnes au kilomètre-carré (la Suisse en compte 190), avec un taux d’alphabétisation inférieur à 50% (moins de 35% pour les femmes), le plus bas du pays…

Accueil circonstancié lors de notre arrivée dans le Bihar

Accueil circonstancié lors de notre arrivée dans le Bihar

Mais le Bihar est aussi une terre de religions qui a vu naître le bouddhisme et jaïnisme. Aujourd’hui, ces deux grandes croyances cohabitent tant bien que mal avec l’islam et l’hindouisme, largement majoritaire.

A Kushinâgar, lieu de décès du Bouddha. Dis, il fera beau demain?

A Kushinâgar, lieu de décès du Bouddha. Dis, il fera beau demain?

Tempête sensorielle

Dès nos premiers tours de roues sur sol indien, le vent se lève, le ciel s’obscurcit et l’atmosphère devient lourde. La tempête qui s’en vient va nous chambouler au plus profond de nous-mêmes allant jusqu’à révéler en nous des sentiments détestables. Les limites de nos capacités mentales seront souvent atteintes, voire dépassées. Si notre premier séjour en Inde fût un challenge sportif, celui-ci s’annonce d’entrée de jeu comme un défit psychologique.

« Où y a de la gêne, y a pas de plaisir! » , dit-on. Bienvenue dans l’Inde des plaines, là où rien ne semble gêner un Indien. Bienvenue dans un monde où « exister » a un autre sens… Un monde où tout est question de perception mais pas forcément de plaisir.

Rien à voir

Dès le passage de la frontière, on en prend plein les yeux. Une foule dense et des véhicules invraisemblables circulent dans tous les sens à travers nids d’autruche et marres de boue.

Un paysage infiniment plat s’étale à perte du vue jusqu’à l’horizon et même au-delà. Les villes sont décrépies et les villages dans un état de délabrement ahurissant. Partout, partout, il y a du monde, beaucoup de monde! Et la moindre halte engendre systématiquement un attroupement dont la taille augmente de façon exponentielle.

Une pause comme une autre avec une bonne cinquantaine de spectateurs…

Une pause comme une autre avec une bonne cinquantaine de spectateurs…

Pas de sourire, ni geste de la main. Juste des regards nous dévorants, inlassablement. Difficile d’imaginer que le fait de remplir une bouteille d’eau puisse fasciner autant de monde… Des dizaines de visages fermés aux yeux noirs et aux dents rongées par le bétel dont le jus craché à tout vent constelle le sol de taches rougeâtres.

Lorsqu’on demande notre chemin ou qu’on pose une question, la réponse se limite généralement à un geste incompréhensible indiquant les quatre points cardinaux ou à un hochement de tête qui prête à confusion. Le non-verbal nous échappe.

Quant aux déchets, ils sont partout, omniprésents. Dans les rues, dans les champs, dans les maisons. Du plastique en masse, mêlé aux déchets ménagers ou industriels. On en a les yeux qui pleurent…

Malgré la pollution, la pêche est très populaire dans la région

Malgré la pollution, la pêche est très populaire dans la région

Mais je ne suis pas sourd!

Le bruit de l’Inde… Indescriptible! Sorte de symphonie permanente de nuisances sonores qui finissent par se mélanger pour former une harmonie dissonante totalement inaudible.

En tête de liste: les klaxons. Utilisés sans relâche, ils n’informent plus de rien; sauf de l’existence de celui qui l’actionne, existence qui n’intéresse personne. « Je klaxonne car je suis. Je suis donc je klaxonne. » A croire que klaxonner va faire lever les barrières du passage à niveau plus tôt. Et c’est le cas!

Viennent ensuite les haut-parleurs. Entre les temples et les mariages, difficile de faire mieux en matière de volume. La qualité sonore quant à elle ne semble intéresser personne… A tel point que ce qui sort des plafonds des bus et des téléphones portables ne peut décemment pas être qualifié de musique. Le plus fou restant les camions roulant de nuit dont la sono va jusqu’à couvrir le bruit du moteur afin que le chauffeur ne s’endorme pas.

Mais ce qui nous marque le plus, c’est la façon de parler, de communiquer. Ceci pour autant qu’on veuille bien nous adresser la parole, ce qui est d’autant plus rare lorsqu’il s’agit de femmes. Sans préambule ni épilogue, le message est court et direct, parfois même agressif. Certes, notre hindi est plus que lamentable mais ce n’est pas une raison pour hurler!

De toute façon, la plus part du temps, la foule qui nous observe ne nous adresse pas la parole et ne réagit pas à nos tentatives de prise de contact, préférant glousser et palabrer entre eux à propos de notre présence.

Reste à faire le silence dans sa tête et laisser le bruit au dehors. Mais on en a les oreilles qui sifflent…

Vous n'auriez pas des Pamirs à nous prêter?

Vous n’auriez pas des Pamirs à nous prêter?

C’est quoi cette odeur?

Poubelles, excréments, tas indéfinis en état avancé de décomposition, déchets en tous genres, égouts, pneus en flammes, pots d’échappement, rivières infâmes, … Même l’encense brûlée à tout va a du mal à venir couvrir l’odeur de merde qui plane dans la région les lendemains de jour de pluie.

Seules les effluves de coriandre et la senteur des épices émanant des étales de la ruelle d’à côté apportent un peu de réconfort à nos narines. Mais on en a le nez qui coule…

Poids lourds et cyclistes sur les routes du Bihar

Poids lourds et cyclistes sur les routes du Bihar

On est venu pour ça…

Nos babines s’en réjouissaient depuis longtemps! La cuisine indienne, sa multitude de plats et de saveurs, ses délices du Nord, ses recettes du Sud. Au final, notre régime cycliste quotidien est le suivant: porridge le matin, nouille aux chou-fleur et petits pois à midi, pâtes aux petits pois et chou-fleur le soir.

Reste les étapes pour goûter aux spécialités locales dont les saveurs sont inversement proportionnelles au nombre de touristes dans le coin. Comment peut-on servir (ou plutôt jeter sur la table) un plat sans le moindre goût alors que depuis des siècles des milliers et des milliers de kilomètres ont été parcourus pour importer des épices en provenance du sous-continent?

Même les douceurs et le chai généreusement sucré n’arrivent pas à faire passer l’amertume qui nous monte à la bouche quotidiennement. On en a l’estomac qui gargouille…

Du bout des doigts

Le toucher n’est pas en reste. L’Indien aime toucher. Que ce soit ce quand il mange, en utilisant exclusivement sa main droite, ou pour faire sa place au milieu de la foule. Il touche à tout, par automatisme, par inadvertance ou volontairement. Il n’hésite pas à pousser ou à déplacer ce qui se trouve sur son chemin quitte à en venir aux mains.

Restent ces accolades fraternelles et chaleureuses reçues sur la route à la fin d’un bon moment de partage et d’échange. On en a la chaire de poule…

Même si je ne suis pas très intelligent, je suis fou et je ne comprends rien, merci [1]

C’est vrai, nous avons parfois l’impression de manquer d’intelligence, de ne pas avoir les facultés d’adaptation nécessaires pour tomber sous le charme de ce pays où tout nous chamboule et nous perturbe. L’Inde nous prend toute notre énergie, nous épuise, nous écartèle entre des sentiments de folie et d’incompréhension.

Mais devons-nous vraiment chercher à comprendre? Nous semblons désarmés pour le faire, comme emporté dans un univers parallèle où tout est différent: le sens de la vie et de la mort, le sens de l’amour et de la famille, le sens de notre présence parmi tous ces gens.

En Inde comme ailleurs, rien n’est blanc, rien n’est noir. Tout est question de contraste. Mais l’amalgame de couleurs qui s’offre à nous nous échappe, nous effraie même parfois. La forte présence humaine de ces régions surpeuplées tranche avec une forme d’absence d’humanité, où le bon côtoie le pire et nous donne le sentiment d’être impuissants.

Nos ours quant à eux, restent fidèles à eux-mêmes et continuent à aller de l’avant, nous emportant dans leur optimisme indéfectible. Sans eux, nous aurions sans doute posé les plaques et quitté l’Inde au plus vite. Mais le voyage à vélo implique de voyager par la route quelque en soit le chemin. Sorte d’invitation à creuser d’avantage, à ne pas lâcher prise avant la sortie du tunnel.

Le temps est venu de trouver un nouveau sens à notre voyage en Inde, avec humilité. Cap au sud-ouest, en espérant que Shiva nous invite à sa table afin d’en goûter les saveurs.

Stupa érigé à la mémoire du premier sermon du Bouddha, à Sârnâth

Stupa érigé à la mémoire du premier sermon du Bouddha, à Sârnâth


[1] Extrait d’un excellent livre que nous n’avons pas lu: « Martiens, go home! » de Fredric Brown. Reste à savoir qui sont les petits hommes verts…

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Dans la vallée

Dès notre arrivée, Katmandou nous emporte dans un véritable tourbillon. On se joint tant bien que mal au trafic intense et à une foule dense. Une agitation incessante accompagne nos premiers pas dans la capitale népalaise.

Les senteurs nous emportent également. Odeurs douces de cardamome et de cannelle devant une échoppe de masala chai, parfums intenses d’encense dans les temples, arôme de coriandre en traversant les marchés, effluves étouffantes de gaz quand un bus nous dépasse.

Notre ouille n’est pas en reste: génératrices, chiens en rogne, klaxons incessants, sollicitations diverses.

Dans un premier temps, Katmandou effraie et fatigue… avant d’offrir de sa magie à ceux qui s’attardent dans ses ruelles.

Fin d'après-midi à Durbar Square: le centre historique de Katmandou est un joyau architectural

Fin d’après-midi à Durbar Square: le centre historique de Katmandou est un joyau architectural

La vieille ville est surtout composée de petites ruelles en terre où se mêlent piétons, rickshaws, vélos et motos. Déambuler dans ce labyrinthe animé est une aventure hasardeuse: cours intérieures, temples cachés, impasses et rencontres en tout genre.

Qui a besoin de changer de dentier?

Qui a besoin de changer de dentier?

Au fil de la journée, les ruelles se transforment en marchés. Chacun s’installe au pied des façades ou sur la plateforme d’un temple pour vendre légumes, fruits, ustensiles de cuisine, habits ou chaussures. Les étalages de tissus ajoutent encore de la couleur au tableau.

Avec tant de légumes frais, c'est un bonheur de cuisiner!

Avec tant de légumes frais, c’est un bonheur de cuisiner!

Les marchands ambulants se fraient un passage dans la foule. C’est le moment de goûter aux momos, fameux raviolis tibétains, ou aux samosa, sorte de beignets de légumes. La cuisine de rue se déguste du bout des doigts dans de grosses feuilles séchées.

Quand le quotidien se mêle à l’Histoire

La vallée de Katmandou est le cœur historique du Népal. Sa richesse se reflète dans la vieille ville de la capitale mais aussi dans les villes environnantes que nous découvrons avec Sarah et Marc, deux amis venus nous visiter pour les Fêtes. Leur présence, leurs questions et leurs réactions invitent à l’échange et nous offrent un regard neuf après plusieurs mois dans le sous-continent indien.

Une fondue pour Noël entourés de Céline et Xavier, un couple de cyclistes suisses, et de Sarah et Marc

Une fondue pour Noël entourés de Céline et Xavier, un couple de cyclistes suisses, et de Sarah et Marc

Patan, séparée de Katmandou par une rivière, est une petite ville paisible. Sa place principale en brique rouge est splendide. L’ancien palais royal fait face à de nombreux temples.

Le Durbar Square de Patan offre un condensé d'architecture Newari

Le Durbar Square de Patan offre un condensé d’architecture Newari

Bhaktapur est un autre trésor de la vallée. Longtemps appelée « la cité des dévots », elle a conservé son caractère religieux. Les quartiers s’articulent autour de petites places avec un puits, un bassin ou des autels.

Sur la place principale de Bhaktapur

Sur la place principale de Bhaktapur

Ici, comme à Patan, la vie s’écoule doucement. Le potier donne vie à la glaise sous l’œil ébahi des badauds, les vieilles dames tissent la laine à l’ombre d’un temple tandis que les jeunes femmes font la lessive sur la place. Quant à eux, les hommes semblent plus occupés à discuter ou à lire le journal.

L'art de travailler la terre

L’art de travailler la terre

Bhaktapur donne l’impression d’être hors du temps. Il y règne une atmosphère particulière, comme quelque chose d’irréel. On se croirait sur le tournage d’un film, au milieu de décors. On s’attend à voir surgir des machinistes qui, soudainement, enlèveront ces palais et ces temples fantastiques.

Le temple Nyatapola à Taumadi Tole, Bhaktapur

Le temple Nyatapola à Taumadi Tole, Bhaktapur

Entre bouddhisme et hindouisme

Pashupatinath est le lieu de pèlerinage hindou le plus important du pays. Les fidèles se pressent au temple pour rendre hommage à Pashupati, l’une des représentations du dieu Shiva. Mais c’est surtout le lieu de crémation le plus important du Népal. La rivière qui y coule est sacrée et joue un rôle purificateur.

Avec son toit doré, le temple de Pashupati domine le site

Avec son toit doré, le temple de Pashupati domine le site

La crémation n'est pas un moment privé, beaucoup de fidèles voire de curieux regardent de loin

La crémation n’est pas un moment privé, beaucoup de fidèles voire de curieux regardent de loin

Autre religion, autre lieu sacré. Bodhnath est le sanctuaire bouddhiste le plus important de la région. Autrefois lieu de bénédiction pour les marchands avant leur traversée de l’Himalaya jusqu’à Lhassa, il reste aujourd’hui un haut lieu du bouddhisme tibétain, dont les nombreux monastères en sont le reflet.

En exil depuis plus de 50 ans, les Tibétains se sont construits de véritables quartiers monastiques

En exil depuis plus de 50 ans, les Tibétains se sont construits de véritables quartiers monastiques

Son stûpa est l’un des plus grands au monde. Sa base, composée de trois terrasses, représente un mandala géant. Les fidèles, réunis par centaines, tournent autour indéfiniment.

Le stûpa de Bodhnath, l'un des symboles de la vallée de Katmandou

Le stûpa de Bodhnath, l’un des symboles de la vallée de Katmandou

Ici tout nous rappelle le Tibet: l’odeur de l’encens et des bougies au beurre de yak, la chaleur, la ferveur et les habits des pèlerins, les om mani padme hum psalmodiés par les fidèles, la sérénité qui règne dans ce lieu. On pourrait rester des heures à observer, tant on s’y sent bien.

Etude des Écritures au pied du stûpa

Etude des Écritures au pied du stûpa

Swayambhunath est un autre lieu saint de Katmandou. Bien que le site soit considéré comme bouddhiste, le lieu est sanctifié par les bouddhistes et les hindous. Il se trouve sur une colline qui surplombe la ville. La légende raconte que l’étang qui recouvrait auparavant la vallée aurait été transformé en colline et que le stupa serait sorti d’une fleur de lotus!

Aussi appelé le Monkey Temple, Swayambhu compte parmi les plus anciens sites religieux du Népal

Aussi appelé le Monkey Temple, Swayambhu compte parmi les plus anciens sites religieux du Népal

Changeons d’atmosphère!

Après quelques jours dans l’une des villes les plus polluées au monde, nous sommes heureux de prendre de la hauteur et de rejoindre la vallée du Langtang pour une semaine de marche.

Les premiers jours, le sentier escarpé traverse des forêts de bambous ou de pins et de petits villages en pierre, mais les hauts sommets restent très discrets.

Marche d'approche dans la vallée du Langtang

Marche d’approche dans la vallée du Langtang

Petit à petit la vallée s’élargit, laissant apparaître un panorama grandiose. Nous sommes entourés de pics enneigés et de glaciers.

A plus de 4'770 mètres. Derrière ces sommets, c'est le Tibet

A plus de 4’770 mètres. Derrière ces sommets, c’est le Tibet

La marche, par sa lenteur, offre la possibilité de l’échange et du partage. Nous profitons donc pleinement de nos amis et de ces moments privilégiés.

Toute l'équipe dans la vallée du Langtang. Merci pour la visite!

Toute l’équipe dans la vallée du Langtang. Merci pour la visite!

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