Trois p’tit’s tours

Difficile de ne pas passer par une ville lorsqu’on traverse l’Amérique du Nord.
Evidemment, il y en a des milliers, mais certaines ont acquit une aura internationale, que ce soit par leur taille, leur histoire ou certains événements qui s’y sont déroulés.

Passé le cap du million d’habitants, ces métropoles s’articulent généralement de la même manière: au centre il y a downtown ou le quartier des affaires caractérisé par une architecture tout en hauteur. Et autour s’étendent les suburbs, zones résidentielles et industrielles interminables.

Parmi les grandes villes nord-américaines que nous visiterons, toutes ont un point commun: l’eau. Si Vancouver et San Francisco sont au bord du Pacifique, Chicago, Détroit et Toronto sont au bord des Grands Lacs avec un accès à l’Atlantique via quelques canaux, une bonne série d’écluses avant de passer par Montréal et le Saint-Laurent.
Seule Las Vegas fait exception à la règle, mais bon… il doit s’agir d’une erreur…

Passage d'un cargo dans le canal Welland, entre les lacs Erié et Ontario

Passage d’un cargo dans le canal Welland, entre les lacs Erié et Ontario

Après les vastes étendues désertiques du sud-ouest des Etats-Unis, il est temps de renouer avec des zones plus peuplées au climat plus « raisonnable ».

De Denver, la capitale du Colorado, nous ne verrons que la gare où un train nous attend pour une traversée du Midwest en 23 heures. Vingt-trois heures assis dans des sièges plus larges que rembourrés, c’est long. Vingt-trois heures à admirer de gigantesques champs de maïs ponctués ça et là de fermes ou d’agglomérations, c’est très long…

Soudain, un élément perturbateur vient rompre la monotonie du paysage: le Mississipi. Allez, encore un peu de pop-corn avant d’aller faire un tour en ville!

Chicago la coquette

Troisième plus grande ville des Etats-Unis et deuxième centre industriel du pays, tout le monde a entendu parler de Chicago. Mais pourquoi?

Le downtown de Chicago, situé à quelques pas du bord du lac Michigan

Le downtown de Chicago, situé à quelques pas du bord du lac Michigan

Dans l’esprit de beaucoup, Chicago c’est d’abord le basket avec la mythique équipe des Bulls et son icône Michael Jordan. Pour d’autres, c’est la musique, que ce soit à travers le Jazz, le Blues, la House ou l’orchestre symphonique de la ville.

Au centre-ville. On se sent ridicule sur nos petits vélos…

Au centre-ville. On se sent ridicule sur nos petits vélos…

Pour nous, c’est surtout le contraste saisissant entre le cœur de la ville et sa banlieue qui nous marquera. Au centre, un univers de béton armé propre et vertical où seul la hauteur et le design comptent. En périphérie, un univers décrépit et horizontal de barres d’immeubles où seules les communautés afro-américaines résident.

"The Cloud Gate" ou plus communément "The Bean" sur fond de gratte-ciel. Une identité forte pour une métropole mondiale

« The Cloud Gate » ou plus communément « The Bean » sur fond de gratte-ciel. Une identité forte pour une métropole mondiale

De Chicago, nous poursuivons notre route vers l’est à travers l’Etat du Michigan, région dévastée économiquement qui vit en récession permanente depuis le début du siècle…Pour la troisième fois du voyage nous serons confrontés à la misère. Après les conditions de vie des plaines du Gange, après le vide sidéral de la réserve amérindienne des Navajo en Arizona, place à la dépression sociale du Michigan…

Jackson, 33’000 habitants, fièrement reconnue comme étant le lieu de naissance du parti républicain en 1854. Aujourd’hui, les supermarchés sentent la boîte de conserve et vendent des fleurs fanées… La moitié de la ville semble être à vendre ou avoir été saisie par la justice. Ici, pour 4’000 dollars, on peut facilement devenir propriétaire d’une maison, terrain inclus!

Etonnamment, faire du vélo est une activité populaire à Jackson.
Grossièrement, les amateurs de la « petite reine » se répartissent en trois groupes:
– ceux qui ont une voiture mais qui n’ont plus une thune pour acheter de l’essence
– ceux qui se sont fait retirer leur permis ou voler leur caisse
– et ceux qui sortent de prison et à qui on offre un vélo

Allez, on file, il y a pire qui nous attend…

Détroit l’abandonnée

Qui dit Détroit dit… Ford bien sûr! Sans oublier tout le culte de la voiture qui va avec! Et bien figurez-vous que les choses vont mal dans l’industrie automobile américaine. Bon, c’est pas nouveau: la première crise date de… 1929.

Depuis le crash de l’entre-deux-gerres, Motor City ne cesse de pâtir des crises financières à répétition. Le 18 juillet 2013, soit cinq jours avant notre arrivée en ville, Détroit demande sa mise en faillite. Une première pour une ville de cette taille. Dette annoncée: plus de 18 milliards de dollars…

Alors, que reste-t-il de la « Paris du Midwest » dont l’architecture élégante et les espaces publics faisaient office d’exemple? Septante milles maisons abandonnées, des usines en ruines, des kilomètres de palissades et de barbelés, 50% de lampadaires hors-service, un centre ville à l’agonie.

Le décor est ahurissant. Même les préteurs sur gage et les acheteurs d’or sont à la peine… C’est dire…

Chez Sam, on achète de tout. Mais la boutique est à vendre…

Chez Sam, on achète de tout. Mais la boutique est à vendre…

Après des kilomètres de banlieues recouvertes de voitures d’occasion, on arrive en ville, déserte, ou presque. Comble de l’ironie pour la « capitale mondiale de l’automobile », les routes sont dans un état épouvantable.

Des rues faites pour deux millions d'habitants. A l'heure actuelle, ils ne sont plus que 700'000. Ca laisse de la place…

Des rues faites pour deux millions d’habitants. A l’heure actuelle, ils ne sont plus que 700’000. Ca laisse de la place…

Mais si Détroit inquiète, elle fascine également. Et pas besoin de se balader en ville très longtemps pour comprendre que cet endroit est totalement différent.
Sentiments difficiles à exprimer… juste des ambiances.
Les parcs sont fréquentés mais il n’y a pas d’enfant; des quartiers entiers sont construits mais vides de toute âme, l’art et la mauvaise herbe squattent la ville que ce soit sur les murs ou dans les jardins et les supermarchés ne vendent plus de lotions auto-bronzantes depuis longtemps…

De la voiture à tous les coins de rue, des carcasses à ne plus savoir qu'en faire…

De la voiture à tous les coins de rue, des carcasses à ne plus savoir qu’en faire…

Partout, l’impression que la ville fredonne pour elle-même: « Ici, on fait de la voiture! Tel est notre futur! » Histoire de la faillite programmée d’une monoculture de l’automobile.

Symboles de Détroit: une gare ferroviaire jamais terminée et une usine automobile laissée en friche…

Symboles de Détroit: une gare ferroviaire jamais terminée et une usine automobile laissée en friche…

Etrange dernière vision des Etats-Unis d’Amérique: faillite économique, désertification industrielle, exil massif…
Reste à passer de l’autre côté de la rivière afin de rejoindre le Canada. Seul petit problème: impossible de le faire sans voiture; pont, tunnel et ferry étant interdits aux vélos!

Détroit vu depuis Windsor, au Canada. La ville aurait-elle décidé de s'immoler par le feu?

Détroit vu depuis Windsor, au Canada. La ville aurait-elle décidé de s’immoler par le feu?

Allez, reprenons la route, avec Eminem, les Jackson Five, Madonna, Iggy Pop, Stevie Wonder et de la techno plein les oreilles.

Toronto, l’inconnue

Reprenons: Vancouver va avec les Jeux olympiques, San Fransciso va avec le Golden Gate Bridge, Las Vegas avec les casinos, Chicago avec l’architecture et Détroit avec les voitures. Et Toronto alors?

On vous laisse réfléchir un instant. En attendant, on passe vite par les chutes du Niagara, encore un de ces endroits dont on connaît le nom sans savoir le mettre sur une carte.

Les chutes du Niagara en été, c'est 154 millions de litres d'eau par heure pour un saut de 57 mètres

Les chutes du Niagara en été, c’est 154 millions de litres d’eau par heure pour un saut de 57 mètres

Pas évident, n’est-ce pas? Pourtant Toronto est la plus grande ville du Canada et la quatrième d’Amérique du Nord…

Le sport peut-être? Entre le hockey, le baseball, le basket et le football, difficile de s’ennuyer. Nous, on a opté pour le baseball. Les Blue Jays de Toronto ont perdu, on n’a pas tout compris, l’ambiance n’était pas terrible terrible et s’était un peu longuet. Mais le stade était incroyable!

Stade à toit rétractable de 50'000 places. Outch… on a oublié les jumelles…

Stade à toit rétractable de 50’000 places. Outch… on a oublié les jumelles…

Les joueurs à l'action. Faut profiter, il n'y en a pas beaucoup (de l'action)

Les joueurs à l’action. Faut profiter, il n’y en a pas beaucoup (de l’action)

Bon, pas le sport. L’architecture alors? Hmm… certes il y a bien le stade et la CN Tower, mais ça ne doit pas être ça…

Haute de 553 mètres, la CN Tower est devenu le symbole de la ville de Toronto

Haute de 553 mètres, la CN Tower est devenu le symbole de la ville de Toronto

Non, ce qui frappe à Toronto, c’est sa multiculturalité. Faut dire que près de la moitié de sa population est née en dehors du Canada. Une balade sur les quais de Toronto est un voyage en soit. Ici on parle hindi, là c’est du mandarin, un peu plus loin du truc ou de l’espagnol. Et nous, ça nous fait bien marrer de voir une famille sikhe jouer au volleyball en turban et basquettes.

Allez, encore une petite ville? Nous, on passe notre tour!

Ce contenu a été publié dans Canada, Etats-Unis, Sur la route. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Trois p’tit’s tours

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de masquer les commentaires.

    Pour réagir à cet article, le formulaire de contact est à disposition.

    Merci!