Un billet pour Bombay s’il vous plait!

On a envisagé de fuir, on a choisi de rester.
On a pensé prendre un train, on a décidé de rouler.

Finalement, sur les 6’000 bornes parcourues dans le sous contient indien, seuls 10 misérables petits kilomètres n’auront pas été faits à vélo. Six mille kilomètres allant des plus hauts cols à la mer, des pentes affolantes à la platitude du bassin du Gange, des nuits glaciales à la chaleur étouffante de Bombay.

Si notre premier séjour en Inde fut parsemé de paysages incroyables, le deuxième est nettement plus axé vestiges culturels de l’ancien temps. Après les lieux marquants de la vie du Bouddha et Vârânasî, notre route serpente entre temples hindous, vestiges préhistoriques et grottes richement sculptées. Et quelques grosses villes jalonnent le parcours jusqu’à Bombay (de son nouveau nom Mumbai), la plus grande métropole du pays (et bientôt du monde).

Mais tout d’abord, il s’agit de quitter les plaines du Ganges… et ce n’est pas une mince affaire: routes encombrées et défoncées, orages monumentaux, champs de boue, nuits difficiles… La fatigue s’accumule et notre tolérance s’amenuise à vue d’œil.

Sur la route: on voit de tout ou on n'y voit rien. Et il nous arrive de préférer la deuxième option…

Sur la route: on voit de tout ou on n’y voit rien. Et il nous arrive de préférer la deuxième option…

Nuit improvisée dans une salle de classe. Abandonnée? Apparemment pas…

Nuit improvisée dans une salle de classe. Abandonnée? Apparemment pas…

Heureusement, en filant vers le sud, les choses s’améliorent peu à peu: le ciel passe au bleu uni, la température monte et les rencontres s’enrichissent. Les paysages deviennent plus variés et les conditions de vie semblent plus acceptables.

Splendeur du passé, rongée peu à peu par la nature et le temps

Splendeur du passé, rongée peu à peu par la nature et le temps

La lenteur de notre moyen de transport nous impose de faire de nombreux arrêts, parfois contraignants, souvent étonnants, généralement enrichissants.
La liberté que nous offre nos vélos nous donne la possibilité de faire de plusieurs détours, parfois par des petites routes, souvent dans la campagne, généralement hors des sentiers battus.

Voici quelques unes des étapes qui ont jalonné notre route pour Bombay.

Premier arrêt: les temples de Khajurâho

Etape incontournable de tout circuit touristique qui se respect, Khajurâho draine chaque année des centaines de milliers de touristes. Ici, tout est fait pour le tourisme de masse: nouvel aéroport, bus climatisés pour rejoindre les hôtels confortables des chaines internationales, restaurants aux plats sans goût, absence de pauvreté criarde, pelouses impeccables invitant à la sieste. Mais pas le temps de se reposer! Le timing est serré et le temps à disposition entre deux avions n’excède généralement pas 24 heures.

Tout le monde se presse à Khajurâho: éléphants, chameaux et touristes des quatre coins de la planète

Tout le monde se presse à Khajurâho: éléphants, chameaux et touristes des quatre coins de la planète

Nous restons quatre jours à flâner dans l’ancienne capitale religieuse des Chandelâ, à admirer temples et sculptures des Xème et XIème siècles.

Vue d'ensemble des temples Kandariya Mahadev, Mahadeva et Devî Jagadambâ

Vue d’ensemble des temples Kandariya Mahadev, Mahadeva et Devî Jagadambâ

Tout ça pour des temples? Oui, tout ça pour des temples… Mais pas n’importe lesquels! La finesse et la profusion des sculptures qui ornent les vestiges de Khajurâho sont tout simplement incroyables.

Qu'il s'agisse du toit ou des façades, les temples sont décorés d'innombrables sculptures

Qu’il s’agisse du toit ou des façades, les temples sont décorés d’innombrables sculptures

Scènes de vie entre divinités indiennes. A gauche, Vishnu et sa femme Laxmi

Scènes de vie entre divinités indiennes. A gauche, Vishnu et sa femme Laxmi

La signification des scènes érotiques sur certaines parties des temples reste un mystère…

La signification des scènes érotiques sur certaines parties des temples reste un mystère…

Deuxième arrêt: les stupas de Sânchî

En poursuivant vers le sud, nous remontons le temps pour arriver au IIIème siècle avant notre ère. A cette époque, un empereur se convertit au bouddhisme et pour marquer le coup, il fit construire un grand stupa à Sânchî.

Le grand stupa de Sânchî est encerclé par un mur avec quatre entrées représentants les points cardinaux

Le grand stupa de Sânchî est encerclé par un mur avec quatre entrées représentants les points cardinaux

Oublié pendant des siècles, le site fût redécouvert en 1818 avant d’être pillé puis restauré. De nombreuses ruines de monastères et d’autres stupas entourent le stupa central aux portiques finement sculptés. Seul le chant de quelques oiseaux vient perturber le silence et la sérénité de l’endroit.

Ruine d'un temple du VIIème à proximité du grand stupa

Ruine d’un temple du VIIème à proximité du grand stupa

Arrêt facultatif et sur demande: le Tropique du Cancer

Une trace de peinture sur le sol, un panneau et c’est tout. Pas de quoi en faire un plat de lentilles. N’empêche que… à partir de ce jour là, on n’a plus vu le moindre nuage et le thermomètre n’a cessé de grimper, pour atteindre les 43°C sur le guidon et les 35°C à l’ombre. Sans parler du taux d’humidité…

C'est n'est qu'une ligne et pourtant, elle marque une nouvelle étape: désormais, nous roulons sous les tropiques!

C’est n’est qu’une ligne et pourtant, elle marque une nouvelle étape: désormais, nous roulons sous les tropiques!

Les palmiers jalonnent notre parcours et les marchés regorgent de fruits multicolores. Mais quelques dizaines de kilomètres plus loin, l’eau disparaît. Fini les pompes en bord de route et les rivières nauséabondes. Le sol devient désespérément sec et les habitations se raréfient… Et dire que dans deux mois les trombes de la mousson s’abattront sur la région.

Bienvenue au pays de la soif. Difficile à croire mais dans quelques semaines tout sera vert par ici!

Bienvenue au pays de la soif. Difficile à croire mais dans quelques semaines tout sera vert par ici!

On en profite pour faire un rapide stop ravitaillement à Bhopal, capitale de l’Etat du Madhya Pradesh. Située sur le Tropique du Cancer, cette ville est tristement célèbre pour avoir été le théâtre de la plus grave catastrophe industrielle de l’Histoire…

Bhopal héberge plus de 400 mosquées dont la Taj-ul-Masajid, une des plus grande au monde

Bhopal héberge plus de 400 mosquées dont la Taj-ul-Masajid, une des plus grande au monde

Pas de wagon-lit mais un abri pour la nuit

Si l’Inde est le seul pays où nous devons nous cacher pour dormir, il nous arrive aussi de demander la permission pour nous installer ici ou là. La démarche peut paraître gênante mais elle a l’avantage de pousser à la rencontre tout en assurant notre sécurité. En quittant Bhopal, nous arrivons à Bhimbetka. De la route, on distingue, en haut d’une colline, des formations rocheuses des plus étranges. Allons voir de plus près!

Les abris-sous-roche de Bhimbetka, le spot parfait pour la nuit?

Les abris-sous-roche de Bhimbetka, le spot parfait pour la nuit?

Oui! L’endroit est parfait pour y dormir. Seul problème: d’autres l’on trouvé avant nous et n’ont pas laissé le site dans un état irréprochable… Depuis, l’accès est restreint afin de protéger au mieux ces vestiges vieux de dix mille ans. Eléphants, mains d’enfant, scènes de chasseurs et cérémonies religieuses sont illustrés sur les parois des abris et comptent parmi les plus belles peintures rupestres de cette époque.

On ne leur a pas dit de ne jamais laisser de traces lorsqu'on fait du camping???

On ne leur a pas dit de ne jamais laisser de traces lorsqu’on fait du camping???

Du coup, impossible de camper là. Mais Siddesh, le responsable de la sécurité du site, nous invite chez lui pour la nuit!

A l’ombre!

Le soleil tape fort, le taux d’humidité augmente et les pauses de midi ont tendance à s’allonger plus que de raison. Même les nomades semblent partir chercher de l’ombre…

Famille nomade en transhumance. Les femmes et les enfants avec les dromadaires tandis que les hommes s'occupent des troupeaux

Famille nomade en transhumance. Les femmes et les enfants avec les dromadaires tandis que les hommes s’occupent des troupeaux

Les grottes d’Ajanta et d’Ellora, au nord d’Aurangabad, nous permettrons de passer quelques heures au frais à admirer temples et lieux de vie du passé. Contrairement à l’habitude, ici c’est l’art de la destruction qui fascine. Tout est sculpté de l’intérieur. Des milliers et des milliers de mètres cubes creusés dans des falaises pour arriver à un résultat éblouissant.

Statues dans une grotte bouddhiste d'Ajanta

Statues dans une grotte bouddhiste d’Ajanta

Le site d'Ajanta: une trentaine de grottes creusées dans une falaise en fer à cheval

Le site d’Ajanta: une trentaine de grottes creusées dans une falaise en fer à cheval

Les grottes d'Ellora, postérieures à celles d'Ajanta, frappent par la complexité et l'harmonie de leur architecture

Les grottes d’Ellora, postérieures à celles d’Ajanta, frappent par la complexité et l’harmonie de leur architecture

Il aura fallu plus de 150 ans pour excaver les 200'000 tonnes de roche entourant le temple de Kailâsanâtha!

Il aura fallu plus de 150 ans pour excaver les 200’000 tonnes de roche entourant le temple de Kailâsanâtha!

Dernière étape: la mer!

Et dire que dans le même pays, nous passions un col à 5’359 mètres! Maintenant, on ne peut pas aller plus bas et il est temps de prendre quelques jours de repos bien mérités. Certes, l’eau n’est pas transparente mais elle est chaude et les noix de coco sont bonnes.

Noix de coco et coucher de soleil! La fin de notre séjour asiatique approche

Noix de coco et coucher de soleil! La fin de notre séjour asiatique approche

Quelques jours à longer la côte, à reprendre des forces et profiter d’une météo splendide. La région est étonnamment bien préservée avec quelques belles plages et des terrains de camping pas possibles!

C'est très tentant de dormir à la belle étoile par ici. On a testé et on n'a pas fermé d'œil de la nuit!

C’est très tentant de dormir à la belle étoile par ici. On a testé et on n’a pas fermé d’œil de la nuit!

Bombay, gare terminus, tout le monde descend!

Finalement, on y est! Bombay (ou Mumbai), la plus grande ville du deuxième pays le plus peuplé au monde… On avait tout prévu: arrivée en bateau, réservations d’hôtel, dernière nuit près de l’aéroport. Finalement, on a dû tout annulé! On file directement chez une famille de Français rencontrée sur la plage qui nous invite chez eux pour nos dernières nuits indiennes.

D'un seul coup d'un seul, plus de stress, tout devient simple et agréable, voire très agréable! Merci les amis!

D’un seul coup d’un seul, plus de stress, tout devient simple et agréable, voire très agréable! Merci les amis!

Bombay fascine et fait peur. Pleine de contraste, cette fourmilière géante est à l’image de l’Inde: un formidable chaos. La capitale économique du pays trouble par sa richesse et sa pauvreté, par sa vétusté et sa modernité…

Coup de peinture sur des bâtiments à l'agonie

Coup de peinture sur des bâtiments à l’agonie

Un passage par la gare Chhatrapati Shivaji et on pacte tout.
Nous quittons l’Inde, avec pas mal de bactéries en plus et d’illusions en moins.
En route pour un nouveau contient!

Victoria Terminus: la gare la plus importante d'Asie avec 2,5 millions de passagers par jour!

Victoria Terminus: la gare la plus importante d’Asie avec 2,5 millions de passagers par jour!

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Une réponse à Un billet pour Bombay s’il vous plait!

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de masquer les commentaires.

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    Merci!