Sur les rives du Gange

Il y a un point dans la conscience où rien n’existe. Choc. Néant. Silence. Vide. Transe. Absence. Gouffre. Vacuité. Vacuum. Tant de mots et cependant rien ne capte ce point, le point de vie, le point de mort… C’est pour le découvrir que Bénarès est, ce n’est pas parce que ses sages ont trouvé ce point, mais, précisément, parce qu’ils ne l’ont jamais trouvé.
                                                                    – Vijay Singh / Jaya Ganga, Le Gange et son double

Une ville plus vieille que l’Histoire

L’existence de Vârânasî remonte à la nuit des temps. Détruite puis reconstruite à de nombreuses reprises, son histoire en fait une des agglomérations continuellement habitées les plus vielles au monde!

Vârânasî et ses mystères, les jours de brume

Vârânasî et ses mystères, les jours de brume

Plus connue sous le nom de Bénarès, Vârânasî a toujours été un centre de première importance pour les études religieuses et n’a jamais perdu de son caractère sacré.

Etude des textes ou yoga? On a l'embarras du choix!

Etude des textes ou yoga? On a l’embarras du choix!

En mettant les pieds à Bénarès, on touche au cœur de l’hindouisme, troisième religion au monde et pratiquée par environ 80% de la population indienne. Ici, tout est sacré, à commencer par le Gange qui la borde depuis plus de 2’700 ans…

La ville s'étire sur les rives du Gange

La ville s’étire sur les rives du Gange

Le sacré rythme la vie quotidienne par un ensemble de croyances, de rites et de sagesses venus d’un passé immémorial. Entre le bain du matin et les cérémonies du soir, la vie suit son court, ponctuée de prières et d’offrandes.

Rituel sacré aux premières lueurs du jour

Rituel sacré aux premières lueurs du jour

Ganga aarti, cérémonie du soir avec offrandes et prières

Ganga aarti, cérémonie du soir avec offrandes et prières

Et si des touristes du monde entier viennent à Vârânasî en visite, des hindous de toute l’Inde viennent à Bénarès pour y mourir. Parmi les nombreux ghâts qui longent le Gange, deux sont spécifiquement dédiés aux crémations. Chaque jour, plus de deux cents corps y sont brûlés avant que leurs cendres soient jetées au fleuve, délivrant ainsi le défunt du cycle des renaissances.

Manikarnika Ghat, le principal lieu de crémation de Bénarès

Manikarnika Ghat, le principal lieu de crémation de Bénarès

Une telle proximité avec la mort chamboule, interroge et pousse à la réflexion. L’ultime étape de toute vie est célébrée en public, aux yeux de tous. Sauf aux yeux des femmes…

Heureusement, elles ne savent pas voler

Dans une ville entièrement dédiée au dieu Shiva, les vaches sont bien évidemment omniprésentes. Animal sacré par excellence, la vache est symbole d’abondance, de force et d’altruisme. Shiva lui-même a pour monture un taureau, représenté à l’entrée des temples qui lui sont dédiés.

Alors, dans les ruelles de la vieille ville de Bénarès, il n’est pas rare de devoir faire place à celle qui sera caressée ou bénie par les passants. Nul n’a le droit de nuire à une vache, et une vache a toujours raison, qu’elle bloque le trafic, pique une orange ou défèque au milieu du passage.

Partie de cricket écourtée, les vaches sont de retour!

Partie de cricket écourtée, les vaches sont de retour!

D’ailleurs, l’utilité de ces bovidés n’est plus à démontrer. Producteurs de lait, d’engrais et de combustibles, ils jouent également le rôle d’éboueurs. Ici, le sacré se nourrit des ordures…

Bénarès attire et repousse à la fois, offrant un condensé des contrastes de l’Inde.
Bénarès, aux ghâts ensoleillés et au labyrinthe de ruelles sans soleil.
Bénarès, où il est si facile de s’y perdre et où on peine à s’y retrouver.

Derrière les ghâts se cache un dédale de ruelles

Derrière les ghâts se cache un dédale de ruelles

Pureté spirituelle et infection vivante

Tout le long de la rive, des ghâts permettent aux hindous de rejoindre le fleuve sacré afin de s’y baigner et de célébrer celui qui lave de tous les pêchés. Ainsi, indigènes, pèlerins, sâdhus, laveurs de linge, touristes et loueurs de bateaux se retrouvent sur les berges du Gange.

Dhobi-wallah, blanchisseur à l'action dans les eaux brunes du Gange

Dhobi-wallah, blanchisseur à l’action dans les eaux brunes du Gange

Lessive étendue sur les ghâts en attendant un rayon de soleil

Lessive étendue sur les ghâts en attendant un rayon de soleil

Le Gange… Le fleuve sacré aux eaux troubles. Il illustre à lui seul la foi des hindous. Tout le monde sait que ses eaux sont insalubres[1], pourtant tout le monde croit en son pouvoir purificateur. Venir s’y laver et boire de son eau font partie intégrante des rituels. Et peu importe que la personne d’à côté soit en train d’y faire ses besoins.

Pour l'esprit ou pour le corps, un petit décrassage s'impose!

Pour l’esprit ou pour le corps, un petit décrassage s’impose!

Ça peut paraître inimaginable. Pourtant, même les journaux l’affirme: se baigner dans le Gange durant la Kumbh Mela est bon pour la santé.

Tous à la fête de la cruche!

Tous? Oui, tous! Enfin presque… 100’000’000! Cent millions de personnes!! Près de 10% de la population du deuxième pays le plus peuplé au monde!!!

La Maha Kumbh Mela[2] est le plus grand rassemblement de l’histoire de l’humanité. Un festival qui se tient tous les douze ans à Allâhâbâd, à 130 kilomètres en amont de Vârânasî.

Pour un tel événement, une gigantesque infrastructure a été mise en place

Pour un tel événement, une gigantesque infrastructure a été mise en place

Mais quelles sont les têtes d’affiche d’un tel festival? Elles sont trois: le Gange, la Yamunâ et la Sarasvatî, rivière mystique et invisible de la croyance hindoue. Et, au Sangam, là où confluent les trois fleuves sacrés, le plus grand camping de tous les temps a pris ses quartiers.

Des pèlerins des quatre coins de l'Inde viennent prendre le bain sacré

Des pèlerins des quatre coins de l’Inde viennent prendre le bain sacré

La mythologie hindoue raconte que les dieux et les démons se battaient pour une cruche contenant le nectar de l’immortalité. Durant la lutte, quatre gouttes du précieux liquide seraient tombées sur Terre. Depuis, des fêtes gigantesques sont organisées successivement tous les trois ans à ces endroits.

Offrandes et rituels sur les rives du fleuve

Offrandes et rituels sur les rives du fleuve

Pour l’occasion, une ville temporaire a été emménagée sur les rives du Gange et de la Yamunâ. Plus de cinquante kilomètres carrés de campements permettent d’héberger prêtres, sâdhus, gourous et pèlerins durant les deux mois que dure la fête. Et, contre toute attente, l’endroit frappe par son organisation et sa relative propreté.

De jour comme de nuit, le plus grand camping au monde ne laisse pas indifférent

De jour comme de nuit, le plus grand camping au monde ne laisse pas indifférent

Hormis l’immersion dans les eaux sacrées, le pèlerinage permet aux hindous de rencontrer leur gourou et d’en suivre les enseignements. Pour les sâdhus, la Kumbh Mela est l’occasion de recevoir une « promotion » dans leur ordre ou de débuter une nouvelle ascèse. Et pour nous, une expérience unique et inoubliable.

A l'heure du repas, sâdhus et pèlerins attendent d'être servis

A l’heure du repas, sâdhus et pèlerins attendent d’être servis

Malgré l'eau froide, on profite pour s'amuser

Malgré l’eau froide, on profite pour s’amuser

Après le bain, l'heure est au maquillage!

Après le bain, l’heure est au maquillage!

Lors de notre première visite, début février, nous découvrons un festival à l’ampleur démesurée mais à l’ambiance bon enfant. Les pèlerins, souvent en famille, se rassemblent sur les rives du Sangam pour se baigner et pique-niquer. Les camps de sâdhus accueillent les gens de passage pour le repas ou pour la nuit, permettant à chacun de rencontrer ces « hommes de bien ». Visites étonnantes où se mêlent des hommes entièrement nus, la peau couverte de cendres et d’autres « phénomènes ».

Celui-ci a fait le don d'un bras, celui-là a décidé de vivre nu…

Celui-ci a fait le don d’un bras, celui-là a décidé de vivre nu…

Heu... J'ai comme un p'tit coup d'barre, là...

Heu… J’ai comme un p’tit coup d’barre, là…

Mais vu que l’Homme peine à se satisfaire du bien et qu’il faut un meilleur à tout, le 10 février a été déterminé par les astrologues comme étant le jour le plus favorable à la baignade. Et ce jour-là, nous étions 30 millions sur les rives du Gange et de la Yamunâ.

Le 10 février en milieu de matinée, alors que nous rentrons nous coucher, une foule de pèlerins ne cesse d'arriver

Le 10 février en milieu de matinée, alors que nous rentrons nous coucher, une foule de pèlerins ne cesse d’arriver


[1] En 1986, une étude a révélé un taux de bactéries fécales 3’000 fois supérieur à la norme…

[2] Pour en savoir plus sur ce rassemblement unique au monde, nous vous conseillons la lecture de l’article « Inde: sur les bords du Gange, le plus grand rassemblement au monde » parût sur Le Point.fr

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Une réponse à Sur les rives du Gange

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de masquer les commentaires.

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