Jours de fête

Si la route est parfois épouvante, elle sait aussi être pleine de merveilles.

En quittant la vallée de la Lahaul, un fin cordon d’asphalte discontinu nous emmène dans une nouvelle vallée: la Spiti. Longtemps interdite aux étrangers, cette région s’ouvre peu à peu aux voyageurs individuels. Si ses paysages restent extrêmement arides, ce sont ses habitants et leur culture qui nous fascineront le plus.

Premiers tours de roues dans la vallée de la Spiti. Rien n'a vraiment changé, et pourtant…

Premiers tours de roues dans la vallée de la Spiti. Rien n’a vraiment changé, et pourtant…

Ici, l’influence du Tibet est visible partout. Les habitations sont généralement carrées aux toits plats et aux façades blanchies à la chaux. Les monastères, véritables forteresses, resplendissent au sommet des collines. Les sentiers sont jalonnés par des murs à mani (pierres gravées de mantras) et des chortens (monuments funéraires).

Le Ki Gompa, le plus grand monastère de la vallée, accueille près de 300 moines

Le Ki Gompa, le plus grand monastère de la vallée, accueille près de 300 moines

Objets de culte sur la table d'un Lama

Objets de culte sur la table d’un Lama

Le climat (jusqu’à -30°C au plus dur de l’hiver) impose une alimentation des plus simple, basée sur l’orge, le thé au beurre salé et quelques légumes cultivés à la belle saison. Les bouses de yak ou de dzo (croisement entre un yak et une vache) sont séchées avant d’être utilisées comme combustible, le bois étant quasiment absent de vallée.

Murs épais et petites fenêtres: la recette contre le froid et les tremblements de terre

Murs épais et petites fenêtres: la recette contre le froid et les tremblements de terre

La population, de langue, de culture et de religion tibétaines, a les traits caractéristiques de leurs voisins des hauts-plateaux. Les invitations à boire le thé ou à papoter en bord de route se multiplient. La chaleur et la gentillesse des habitants de la région contraste avec la rudesse de leur environnement…

Verres de thé, tricots, lecture de textes sacrés et bavardage au soleil

Verres de thé, tricots, lecture de textes sacrés et bavardage au soleil

Le tourisme étant passé par là, c’est dans ses « à côtés » que la Spiti révèle sa véritable identité. Et c’est tout simplement magique. Le Tibet sans y être; le Tibet comme il devrait être: libre, autonome et en paix.

Le village de Lalung: comme une oasis dans un désert… en pente!

Le village de Lalung: comme une oasis dans un désert… en pente!

11 octobre: jour de fête, ou plutôt d’anniversaire. Pour marquer le coup, le repas est partagé avec deux autres cyclistes. En guise de gâteau, une grosse bougie posée sur un petit biscuit. Ce n’est que 3 jours plus tard que viendra le véritable cadeau.

Drôle de monastère…

Les jeeps sont pleines à craquer! Chacun, vêtu de son plus bel habit, emporte quelques provisions pour la journée. Direction: un monastère de la région, mentionné dans aucun guide ni sur aucune carte.

Une heure de route tortueuse et vertigineuse suffit à rejoindre le monastère, construit à flanc de montagne et bordé de pâturages. La première partie du festival se déroule à l’intérieur avec prières, trompettes et tambours. Seuls les moines sont présents, les fidèles attendant patiemment dehors.

Le Lama supérieur officiant devant une vingtaine de moines

Le Lama supérieur officiant devant une vingtaine de moines

Les forces du Mal présentes sont "piégées" dans une statue ornée d'une tête de mort

Les forces du Mal présentes sont « piégées » dans une statue ornée d’une tête de mort

Puis, les portes du monastère se ferment. Nul ne sait exactement ce qui se passe à l’intérieur… Soudain, des divinités terrifiantes apparaissent et se dirigent vers la foule!

Les divinités sortent du monastère. D'abord les gentilles…

Les divinités sortent du monastère. D’abord les gentilles…

…puis les plus méchantes, qui doivent être pacifiées avant d'atteindre le public

…puis les plus méchantes, qui doivent être pacifiées avant d’atteindre le public

Les spectateurs semblent pétrifiés par la peur…

Les spectateurs semblent pétrifiés par la peur…

Après plusieurs heures de danses rituelles, la cérémonie se poursuit à l’extérieur de l’enceinte. Tout le monde se déplace sur une prairie.

Pour sortir du monastère, les divinités enjambent les fidèles les plus fervents

Pour sortir du monastère, les divinités enjambent les fidèles les plus fervents

Les prières continuent, aux sons des cymbales et des trompettes

Les prières continuent, aux sons des cymbales et des trompettes

Les danses reprennent de plus belle tandis que la cérémonie touche à sa fin: un feu de broussailles est allumé. L’heure est venue de brûler les forces du Mal!

Après une dernière bénédiction, les mauvais esprits, piégés dans la statue, sont jetés au feu

Après une dernière bénédiction, les mauvais esprits, piégés dans la statue, sont jetés au feu

En quittant la vallée de la Spiti, nous quittons la culture et le peuple tibétains. Peuple si attachant, si émouvant… A quelques kilomètres de là, de l’autre côté de la frontière, le tonnerre gronde et le ciel s’assombrit de plus en plus…

Om mani padme hum

Om mani padme hum

Au pays des pommes

Changement de vallée, changement de décors. La confluence de la Spiti et Sutlej, qui prend sa source au pied du Mont Kailash au Tibet, marque l’entrée dans le Kinnaur.

Passage délicat dans la gorge creusée par la tumultueuse Sutlej… Fallait osé!

Passage délicat dans la gorge creusée par la tumultueuse Sutlej… Fallait osé!

En longeant la Sutlej, le bouddhisme tibétain fait peu à peu place à l’hindouisme. Les visages deviennent de plus en plus foncés, les agglomérations de plus en plus bruyantes et polluées, et les flancs de vallée verdissent à vue d’œil.

La vallée est en pleine effervescence! Les vergers débordent de pommes et les camions sont prêts à les emporter aux quatre coins du pays. Mais c’est surtout la fête de Durga qui est dans tous les esprits. Cinq jours de célébrations pour marquer la victoire de la Déesse Durga face au démon Mahishasura, la victoire du Bien sur le Mal.

Les différentes divinités sont transportées dans les ruelles de Sarahan

Les différentes divinités sont transportées dans les ruelles de Sarahan

La fanfare et la chorale sont de la partie!

La fanfare et la chorale sont de la partie!

Attention les oreilles!!!

Attention les oreilles!!!

La foule se presse sur la place du village

La foule se presse sur la place du village

Nous quittons l’Etat de l’Himachal Pradesh pour entrer dans celui de l’Uttarakhand. La région se prête parfaitement bien au vélo, entre vallées encaissées, cols interminables et forêts de pins peuplées d’ours et de léopards… Des paysages splendides, inconnus, où la nature règne en maître et la vie suit gentiment son cours.

Entre petits villages ensoleillés et temples hindous

Entre petits villages ensoleillés et temples hindous

Ganga, yoga ou marijuana?

Après deux mois passés dans les régions de montagne, peu peuplées, raides et reculées, l’heure est venue de rejoindre l’Inde des plaines tant redoutée… Villes frénétiques et surpeuplées, trafic chaotique et brouillant, déchets omniprésents et vaches sacrées. Aucun doute: nous y sommes!

Affronter le trafic des villes indiennes… Un truc de fou, surtout à vélo…

Affronter le trafic des villes indiennes… Un truc de fou, surtout à vélo…

Pour les vaches, c'est plus simple: elles sont prioritaires quoi qu'il arrive!

Pour les vaches, c’est plus simple: elles sont prioritaires quoi qu’il arrive!

Deux jours de descente et soudain: le Gange! Après sa course folle à travers l’Himalaya, l’eau du fleuve sacré arrive en plaine avant de poursuivre sa lente descente jusqu’au golfe du Bengale. De part et d’autre de ce cordon de vie ont été emménagés des ghâts qui permettent aux hindous de rejoindre le fleuve afin de s’y baigner et d’en boire l’eau purificatrice.

Le pont Lakshman Jhula enjambe les eaux sacrées du Gange à Rishikesh

Le pont Lakshman Jhula enjambe les eaux sacrées du Gange à Rishikesh

Rishikesh doit sa notoriété internationale au séjour des Fab Four dans un ashram de la ville. Depuis, elle s’est autoproclamée « capitale internationale du yoga ». A tous les coins de rue: cours de yoga ou de méditation, ateliers massage ou tasses de thé ayurvédique. Le tout dans un mélange de touristes, de pèlerins et de sâdhus. Le top du New Age!

L'ashram de Maharishi Mahesh Yogi où séjournèrent les Beatles et un autre, plus récent

L’ashram de Maharishi Mahesh Yogi où séjournèrent les Beatles et un autre, plus récent

Alors, ganga, yoga ou marijuana? Finalement, on n’aura testé aucun des trois. Mais ça ne nous empêche pas de nous sentir bien dans cette ville de Rishikesh, d’autant plus qu’on y mange bien et qu’un festival est en cours!

Prières au bord du Gange, à l'occasion du festival international de musique et de yoga

Prières au bord du Gange, à l’occasion du festival international de musique et de yoga

A quelques kilomètres en aval, la ville sainte d’Haridwar est un festival permanent. Tous les soirs, des milliers de personnes se réunissent sur les rives du Gange afin de se purifier et de célébrer ce fleuve qui lave les pêchés et apporte une vie future meilleure.

Sur les rives du Gange à Haridwar. Et tous les soirs c'est la même cohue!

Sur les rives du Gange à Haridwar. Et tous les soirs c’est la même cohue!

La ferveur de la fête tranche avec la dureté de la rue: mendiants, handicapés, malades. La misère dans sa forme la plus brutale… En Inde, c’est tous les jours la fête, mais pas forcément pour tout le monde…

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Une réponse à Jours de fête

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de masquer les commentaires.

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