T’as du mouton entre les dents

La « Pamir Highway », quel cycliste au long-court n’en a pas rêvé?

Ultime défit d’Asie centrale, ce cordon d’asphalte serpente sur près de 2’000 kilomètres entre Douchanbé, capitale du Tadjikistan, et Bichkek, capitale du Kirghizstan. Entre deux, pas mal de grosses bosses (la route culmine à 4’655 mètres) et des paysages majestueux!

Pour une fois, voici un récit en images, tant il nous est difficile d’exprimer notre ressenti face à un tel effort et une telle beauté.

Chauffe Marcel!

S’il existe un plat commun à tous les pays d’Asie centrale, c’est bien le chachlik, brochette de viande grillée que l’on déguste avec un peu d’oignon et du pain frais.

Chachliks de mouton et pain au lait. Un délice, mais ça ne donne pas vraiment des forces…

Chachliks de mouton et pain au lait. Un délice, mais ça ne donne pas vraiment des forces…

La braise est chaude, on va pouvoir y aller! Nous quittons Douchanbé par 45°C.

Pour rejoindre le Pamir, nous choisissons la route sud. A vrai dire, après beaucoup d’hésitations… La « Pamir Highway » passe plus au nord. Un seul col, moins de kilomètres mais une route dans un état de dégradation avancé. Les Tadjiks sont formels: mieux vaut prendre la route sud… si on a la clim’…

Trois cols à travers des paysages verdoyants. Les contreforts du Pamir sont une succession de collines herbeuses et onctueuses, parsemées de lacs au bleu azur.

De l'herbe à perte de vue! Profitons-en, encore une bosse et la roche sera reine

De l'herbe à perte de vue! Profitons-en, encore une bosse et la roche sera reine

Soudain, c’est la surchauffe! Le barbecue prend feu, le radiateur est kaput, le moteur peut plus en avant… Quarante-neuf degrés au compteur, le guidon en est à peine touchable. C’en est trop, le dernier col se fera en pickup. Désormais, il va nous falloir allonger les pauses de midi et… avancer l’heure du réveil!

La route sud: le col est certes moins haut, mais le dénivelé supérieur et la chaleur… insupportable!

La route sud: le col est certes moins haut, mais le dénivelé supérieur et la chaleur… insupportable!

Passé le col de Shurabad, les pâturages s'arrêtent et le bitume disparaît. C'est le Pamir commence!

Passé le col de Shurabad, les pâturages s'arrêtent et le bitume disparaît. C'est le Pamir commence!

Face à l’Afghanistan

Combien de fois on en a entendu parler de ce pays là? A la radio, dans les journaux, sur la boîte à images. Avec son lot quotidien de morts, de terroristes, d’attentats et de justiciers. Un tel matraquage a fini par rendre ce pays infiniment lointain, presque inaccessible. Pourtant, aujourd’hui, l’Afghanistan est là, face à nous.

Encore quelques virolets avant de rejoindre la vallée de la Pyanj, frontière naturelle entre le Tadjikistan et l'Afghanistan

Encore quelques virolets avant de rejoindre la vallée de la Pyanj, frontière naturelle entre le Tadjikistan et l'Afghanistan

Certes, pour l’atteindre, il faut traverser la Pyanj en furie; et les ponts sont rares et bien gardés. Mais par endroit, un jet de pierre suffirait… Sous la haute surveillance de l’armée tadjike, cette frontière naturelle semble imperméable aux hommes, mais pas à la drogue…

Village afghan accroché à flanc de montagne; les hivers doivent y être impitoyables

Village afghan accroché à flanc de montagne; les hivers doivent y être impitoyables

Comment vit-on de l’autre côté de la frontière? Difficile à dire… Seul un maigre sentier relie les différents villages, quand il n’a pas été emporté par les flots ou un éboulement. Pour le reste… les ânes afghans barrissent comme leurs homologues tadjiks et les maisons disposent de la télé satellite. De part et d’autre de la frontière, on peut se parler, se faire des signes, se jeter des pierres ou se tirer dessus; mais pas se serrer la main…

Une rivière, deux pays. A gauche la route tadjike. A droite le sentier afghan

Une rivière, deux pays. A gauche la route tadjike. A droite le sentier afghan

Nous sommes à 1’150 mètres d’altitude. Devant nous, 720 kilomètres de montée le long de la Pyanj avant de rejoindre le col de Khargush, 3’200 mètres plus haut.

La route est souvent dans un état pitoyable et la température extrême…

La route est souvent dans un état pitoyable et la température extrême…

Transport de matériel à dos d'âne, ou… à dos d'ours

Transport de matériel à dos d'âne, ou… à dos d'ours

Tiens?!? Mais qu'est-ce que c'est? De l'asphalte? J'hésite…

Tiens?!? Mais qu'est-ce que c'est? De l'asphalte? J'hésite…

De retour sur la « Pamir Highway », nous retrouvons les camions et les jeeps de touristes. Mais pas pour longtemps. Un chauffeur poids-lourd vient de planter son véhicule dans un passage délicat. Seuls les vélos arrivent à passer!

La route réserve bien des surprises…

La route réserve bien des surprises…

Seule au monde sur une route d'anthologie!

Seule au monde sur une route d'anthologie!

Vendeuse de cerises en bord de route

Vendeuse de cerises en bord de route

Camping idéal: au pied d'une falaise, face à l'Afghanistan, dans une région minée…

Camping idéal: au pied d'une falaise, face à l'Afghanistan, dans une région minée…

Khorog, avant qu’ça pète

Khorog, capitale de la province autonome du Gorno-Badakhchan, est l’occasion de prendre une bonne douche mais également de rejoindre Axel, ami de longue date. Enfin… nous y arriverons avant lui. Tout le monde n’a pas la chance de voyager à vélo…

Seule véritable ville du parcours, Khorog sombra dans la guerre civile et la famine lors de l’effondrement de l’Union soviétique. Depuis, la situation s’améliore rapidement, grâce, notamment, à l’Aga Khan, chef spirituel de la communauté ismaélienne.

Mais, le 24 juillet, deux semaines après avoir quitté Khorog, nous apprendrons que la ville est à feu et à sang. Deux jours de combats, 42 morts (selon la version officielle) et un nombre considérable de blessés. La réaction à l’assassinat d’un général du KGB local fut des plus violente… Depuis, la région est fermée aux étrangers. Impossible d’entrer au Pamir. Il ne nous reste plus qu’à en sortir…

Khorog, vu par Axel, lors de son retour à Douchanbé (Source: AM)

Khorog, vu par Axel, lors de son retour à Douchanbé (Source: AM)

Au fond à gauche

A nouveau, nous quittons la « Pamir Highway » pour une alternative par le sud, le long de la vallée de Wakhan, étonnante langue de terre afghane. Ce corridor, large d’une cinquantaine de kilomètres, servi de tampon entre les deux superpuissances de l’époque du Grand Jeu: l’empire russe d’un côté et l’empire britannique de l’autre.

En route, nous faisons halte à Ichkachim où se tient un marché transfrontalier. Une occasion unique de rencontrer des commerçants Afghans. Placé sur une île de la Pyanj, le marché n’est pas vraiment en Afghanistan, ni vraiment au Tadjikistan… Aujourd’hui, les affaires sont bonnes et les échoppes de laghman (soupe de nouilles au mouton) ne désemplissent pas.

Plus que quelques heures pour faire des bonnes affaires! Profitez! Profitez!

Plus que quelques heures pour faire des bonnes affaires! Profitez! Profitez!

Technique de persuasion au marché transfrontalier d'Ichkachim

Technique de persuasion au marché transfrontalier d'Ichkachim

Cette fois-ci, l’asphalte a bel et bien disparu! Nous poursuivons le long de la Pyanj, sur une « route » quasi déserte. Paysage magnifique dans un univers minéral.

C'est parti pour 190 kilomètres de tape-cul. Parfois roulant, parfois nettement moins…

C'est parti pour 190 kilomètres de tape-cul. Parfois roulant, parfois nettement moins…

Nos ours rencontrent une girafe, sur le dernier terrain plat avant d'arriver sur les hauts-plateaux

Nos ours rencontrent une girafe, sur le dernier terrain plat avant d'arriver sur les hauts-plateaux

Jusqu’à présent, le dénivelé est relativement faible, mais au fond du corridor à gauche se dresse ce qui sera la plus grosse difficulté du voyage… du moins jusqu’à maintenant!

Un an après…

Voilà une année que nous avons quitté la maison. Une année que nos ours nous emmènent sur les routes d’Asie, à la rencontre des autres et de nous même. Pour fêter ça, nous sommes seuls. Seuls, au pied du col de Khargush qui culmine à 4’344 mètres. Il n’est pas bien loin, une huitantaine de kilomètres, tout au plus. Mais il est haut, bien plus haut!

Vue imprenable sur les hauts sommets de l'Indu Kuch, au Pakistan

Vue imprenable sur les hauts sommets de l'Indu Kuch, au Pakistan

Trois jours de traversée loin de tout. Aujourd’hui, on a vu un Tadjik sur son vélo et deux ânes. Demain on verra peut-être une ou deux jeeps, quelques marmottes et un aigle.

Le plus impressionnant, c'est l'absence de bruit. Pas de rivière, pas de vent, pas une âme qui vive… Rien…

Le plus impressionnant, c'est l'absence de bruit. Pas de rivière, pas de vent, pas une âme qui vive… Rien…

Rien… sauf une vue époustouflante!

Rien… sauf une vue époustouflante!

Trois jours à pousser les vélos, parfois à deux par vélo, à la montée comme à la descente.

Pousser, pousser, toujours pousser. Surtout ne pas s'arrêter sinon on recule…

Pousser, pousser, toujours pousser. Surtout ne pas s'arrêter sinon on recule…

Trois jours passés près des étoiles et de soi-même, à lutter contre le vent, le sable et l’épuisement. Trois jours en autonomie complète dans des paysages fantastiques. Trois jours de rêve!

Mais pourquoi tu regardes la carte? Y a qu'une route!

Mais pourquoi tu regardes la carte? Y a qu'une route!

De l'autre côté du col, la pente est plus douce mais le sable s'en mêle… Vive la tôle ondulée!

De l'autre côté du col, la pente est plus douce mais le sable s'en mêle… Vive la tôle ondulée!

De retour sur la "Pamir Highway", goudronnée. Au fond: Alichour, où Axel nous attend

De retour sur la "Pamir Highway", goudronnée. Au fond: Alichour, où Axel nous attend

Et si on allait marcher?

C’est bien connu, après un marathon, rien de tel qu’une bonne heure de natation. Nous partons donc avec Axel pour quatre jours de marche sur « le toit du monde », haut plateau du Pamir perché à 4’000 mètres d’altitude.

A l'heure du départ, devant la "Marco Polo Home Stay", à Alichour

A l'heure du départ, devant la "Marco Polo Home Stay", à Alichour

Jeux de lumière entre une terre aride et un ciel changeant

Jeux de lumière entre une terre aride et un ciel changeant

Pic-nic frugal. On aurait bien grillé un mouton mais on n'en a pas trouvé…

Pic-nic frugal. On aurait bien grillé un mouton mais on n'en a pas trouvé…

Le sol est plat, la terre est sèche et la vue absolument superbe!

Le sol est plat, la terre est sèche et la vue absolument superbe!

Le lac Yashil-Kul vu d'en haut. C'est bien, y a moins de moustiques…

Le lac Yashil-Kul vu d'en haut. C'est bien, y a moins de moustiques…

Axel, l'air de dire: "Mais c'est quoi ces cyclistes, pas capables de marcher plus de 100 mètres!"

Axel, l'air de dire: "Mais c'est quoi ces cyclistes, pas capables de marcher plus de 100 mètres!"

 Sur le chemin du retour. Y a pas beaucoup d'eau pas ici…

Sur le chemin du retour. Y a pas beaucoup d'eau pas ici…

A l'heure du départ: Axel retourne à Khorog à bord d'un camion. Bonne Route!

A l'heure du départ: Axel retourne à Khorog à bord d'un camion. Bonne Route!

M41 en 28×34

Une semaine après le début du ramadan, nous quittons Alichour par la M41, nom de code de la « Pamir Highway ». Désormais, elle est asphaltée tout le long ou presque, mais le bitume est désert. Aucun camion, aucune voiture. Rien… Les fusillades de Khorog ont impliqué la fermeture de la route. Nous l’aurons donc que pour nous!

Suite aux événements à Khorog, la route est fermée, mais pas pour tout le monde!

Suite aux événements à Khorog, la route est fermée, mais pas pour tout le monde!

Des kilomètres de bitume à perte de vue. Et pas un véhicule à l'horizon!

Des kilomètres de bitume à perte de vue. Et pas un véhicule à l'horizon!

415 kilomètres jusqu'à Osh. Mais combien jusqu'au Mustagh Ata (7'546m)?

415 kilomètres jusqu'à Osh. Mais combien jusqu'au Mustagh Ata (7'546m)?

Bon, y a pas de bagnole mais y a du mouton. Des chachliks! Des chachliks!

Bon, y a pas de bagnole mais y a du mouton. Des chachliks! Des chachliks!

Devant nous, quelques bosses de première catégorie, dont l’Ak-Baital et ses 4’655 mètres. Sans doute le point culminant du voyage. Et pour les atteindre, une seule solution: 28 dents devant, 34 dents derrière… ça va pas bien vite mais ça grimpe bien!

A quelques coups de pédale de l'Ak-Baital, le point le plus haut de la M41

A quelques coups de pédale de l'Ak-Baital, le point le plus haut de la M41

4'655 mètres d'altitude et sur le vélo, s'il vous plait!

4'655 mètres d'altitude et sur le vélo, s'il vous plait!

Pas exclu que l'altitude ait quand même quelques effets sur nos cerveaux…

Pas exclu que l'altitude ait quand même quelques effets sur nos cerveaux…

La partie après l’Ak-Baital est sans doute la plus spectaculaire du parcours. Hauts sommets enneigés, gigantesque lac d’altitude, lits de rivière aux dimensions inimaginables…

La route peut sembler bonne, mais la descente n'est de loin pas une partie de plaisir

La route peut sembler bonne, mais la descente n'est de loin pas une partie de plaisir

Au bord du Kara-Kul, lac créé par une météorite il y a 10 million d'années

Au bord du Kara-Kul, lac créé par une météorite il y a 10 million d'années

En route, nous rencontrons plusieurs cyclistes. La plupart dans le sens inverse, mais ils seront refoulés au prochain check-point.

Camping de cyclistes: une Allemande, un Ecossais, trois Belges et deux Suisses

Camping de cyclistes: une Allemande, un Ecossais, trois Belges et deux Suisses

La M41 est désormais interdite à tout véhicule, la traversée du Pamir n’est plus possible… Nous y serons allé juste à temps. Une jeep de l’armée nous dépasse, chargée de sacoches et de vélos. Il est temps de quitter le Tadjikistan au plus vite…

Avec Patrick, un Français qui nous accompagnera dans notre "fuite" du Tadjikistan

Avec Patrick, un Français qui nous accompagnera dans notre "fuite" du Tadjikistan

A la croisée des chemins

Difficile de croire que le Pamir est une région habitée depuis des millénaires. Pourtant, plusieurs traces remontant à la nuit des temps ont été retrouvées: peintures rupestres, calendriers solaires, sépultures…

Nous sommes sur les « Grandes Routes du Monde », routes de la Soie et des Epices, routes des grands voyageurs, dont Xuan Zang et Marco Polo comptent parmi les plus célèbres.

Paysage kirghize: yourtes et chevaux dans des pâturages à perte de vue

Paysage kirghize: yourtes et chevaux dans des pâturages à perte de vue

Etre nomade au Kirghizstan signifie de pouvoir déplacer son habitation en toute simplicité

Etre nomade au Kirghizstan signifie de pouvoir déplacer son habitation en toute simplicité

Alors les possibilités sont vastes: poursuivre à l’est en direction du Xinjiang, en Chine? Tirer plus au nord afin de traverser les steppes infinies de Mongolie? Partir vers le sud dans le but de rejoindre l’Inde et ses nombreuses saveurs?

Chapeaux kirghizes au bazar d'Osh

Chapeaux kirghizes au bazar d'Osh

Vestiges du passé à Osh. Si l'avion ne décolle plus, la grande roue tourne encore…

Vestiges du passé à Osh. Si l'avion ne décolle plus, la grande roue tourne encore…

Finalement, nous ne visiterons que très peu le Kirghizstan et ces vastes étendues d’herbe verte… Notre choix est fait: direction Bichkek au plus vite, afin d’obtenir de nouveaux visas pour la suite.

L'heure est venue de reprendre des forces pour la suite! Santé!

L'heure est venue de reprendre des forces pour la suite! Santé!

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Une réponse à T’as du mouton entre les dents

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de masquer les commentaires.

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    Merci!