Contre-la-montre par équipe

Nous étions cinq cyclistes à tenter la traversée du Turkménistan.
Ce pays, totalement paranoïaque et xénophobe, ne nous autorise à rester sur ses terres que cinq jours. Cinq jours pour parcourir 500 kilomètres, soit la distance la plus courte entre deux postes frontières…

Retardateur trop rapide ou photographe trop lent?

Retardateur trop rapide ou photographe trop lent?

Pour le prologue, sur sol iranien, le règlement de course est clair: pas une goutte d’alcool ni de short. Les 220 kilomètres entre Mashhad et la ville frontière de Sarakhs se déroulent dans des conditions magnifiques au travers des paysages majestueusement verdoyants. Notre caravane des temps modernes parcourt le trajet en trois petites étapes vallonnées et un arrêt au caravansérail de Robat Sharaf.

Porte d'entrée du caravansérail de Robat Sharaf, entouré de paysages magnifiques

Porte d'entrée du caravansérail de Robat Sharaf, entouré de paysages magnifiques

De l’autre côté de la frontière, les conditions de course diffèrent légèrement: fini les bonnes routes iraniennes, place aux routes défoncées caractéristiques des anciennes républiques socialistes soviétiques…

Première nuit sur sol turkmène, premières dissonances au sein du peloton… Depuis le début de notre voyage, nous n’avons jamais demandé l’hospitalité, mais nous l’avons volontiers acceptée lorsqu’elle nous était offerte dans des conditions favorables. Là, nous sommes cinq à nous imposer dans une famille des plus modestes…

Valéryne et moi iront dormir dans la maison abandonnée d’à côté.
Ainsi explosa la caravane à pédale…
Tant de voyageurs, pour autant de façons de voyager.

Entre filles, devant une petite échoppe en bord de route

Entre filles, devant une petite échoppe en bord de route

Nous étions quatre à poursuivre la traversée: le soleil, le vent et nous.
On nous avait prévenu: le Turkménistan c’est 100 kilomètres par jour pendant cinq jours, sur des routes pourries et par vent de face! Et maintenant que le peloton n’existe plus, il va falloir assumer…

Mais le vent, ennemi juré des cyclistes, nous donne un joli coup de pouce. Pendant trois jours, il viendra nous chatouiller le dos, facilitant ainsi notre progression au milieu du désert du Karakoum.

Quant au soleil…
Six heures moins quart, il se lève, transformant la tente en hammam.
Vingt heures trente, il se couche enfin, laissant le sable brulant se refroidir pendant la nuit.

L'heure est venue de trouver un endroit où planter la tente

L'heure est venue de trouver un endroit où planter la tente

Entre deux, pas de répit… Jusqu’à 47°C sur le vélo, 39°C à l’ombre. Mais il n’y a pas d’ombre! Pas d’ombre, vraiment? Vraiment! Sauf quand des camionneurs trucs s’arrêtent pour prendre le thé… et nous invitent! Nous qui rêvions de boissons fraîches, de glaçons et de coupes Danemark, nous voici avec un verre de thé brulant et hyper sucré. Un délice!

A l'ombre d'un camion turc en route pour le Kirghizstan

A l'ombre d'un camion turc en route pour le Kirghizstan

Mais le soleil cogne fort, très fort. Rapidement, l’eau devient notre bien le plus précieux. Sans elle, impossible de traverser ce désert qui occupe plus des trois quarts du pays. Tout le monde le sait, y compris les rares marchants qui la vendent à prix d’or. Nous buvons chacun près de neuf litres d’eau par jour pour autant de kilos à transporter.

19 heures… le soleil baisse enfin! Le moment idéal pour faire un max de kil!

19 heures… le soleil baisse enfin! Le moment idéal pour faire un max de kil!

Nous étions des milliards au milieu du désert.
Des milliards de grains de sable à rôtir au soleil et à se déplacer au gré du vent. Le vent… encore lui… Il finira par nous jouer un tour, se transformant en tempête lors de notre dernière soirée dans le pays. Pas évident de faire tenir une tente en plein désert alors que des rafales de sable volent de partout et que des éclairs tombent de toutes parts…

Arrimage de secours pour vaincre la tempête. Même les vélos se déplaçaient tout seuls…

Arrimage de secours pour vaincre la tempête. Même les vélos se déplaçaient tout seuls…

Ils étaient des milliers de spectateurs à nous regarder passer.
De Patrick le moustique à Albert le dromadaire en passant par Daphnée l’araignée et Mireille l’abeille.

Patrick, il est venu avec tous ses copains, à la tombée du jour, histoire de partager le repas du soir avec nous. Impossible de faire sans… malheureusement.

Albert, accompagné de ses frères et sœurs, n’a pas trouvé la course très intéressante et à vite fait de s’en aller à travers dunes…

Daphnée nous a rendu visite alors qu’il faisait vraiment chaud. A la recherche d’un peu d’ombre, elle s’est cachée sous notre bâche. Mal lui en a pris…

Alors qu'Albert et les siens s'en vont, Daphnée s'en vient. Et attaque même!

Alors qu'Albert et les siens s'en vont, Daphnée s'en vient. Et attaque même!

Quant à Mireille, elle vit en bande organisée, dans les ruches nomades installées sur le tracteur d’Ovezgueldy, happy-apiculteur qui a choisi de s’occuper de ses abeilles plutôt que de continuer à enseigner à l’école, fortement marquée par la propagande du gouvernement…

Mireille et toute sa bande attendent la nuit avant de reprendre la route… en tracteur!

Mireille et toute sa bande attendent la nuit avant de reprendre la route… en tracteur!

Il était seul à régner en maître absolu sur son pays.
Seul à la tête d’un régime dictatorial parmi les plus autocratiques au monde. Saparmyrat Nyýazow, « chef des Turkmènes » et « président à vie » du Turkménistan, est mort. Triste nouvelle…

Fête d'étudiants dans le centre de Mary. Pour célébrer la mort de Nyýazow? Sûrement pas…

Fête d'étudiants dans le centre de Mary. Pour célébrer la mort de Nyýazow? Sûrement pas…

Et oui, elles ont toutes les cheveux longs et portent toutes l'habit traditionnel. C'est imposé par la loi…

Et oui, elles ont toutes les cheveux longs et portent toutes l'habit traditionnel. C'est imposé par la loi…

Restent ses délirent architecturaux, son omniprésence sous forme de statues diverses et variées, les stigmates de ses idées « novatrices » et son culte de la personnalité. Celui qui a fait fermer tous les hôpitaux et bibliothèques de campagne est encore bien présent, même s’il a été remplacé depuis sa mort… en 2006.

Exemples architecturaux à Mary et Türkmenabat. Mégalo? A peine…

Exemples architecturaux à Mary et Türkmenabat. Mégalo? A peine…

Nous sommes deux, amoureux l’un de l’autre et de notre prétendue lenteur.
Nous sommes convaincus que « le voyage est un retour à l’essentiel » [1] et que le faire à vélo est une expérience fantastique. Nous sommes de l’autre côté du désert et nous avons besoin d’une bonne douche!

A l'entrée de Boukhara, après neufs jours de vélo et 830 kilomètres. Crado? A peine…

A l'entrée de Boukhara, après neufs jours de vélo et 830 kilomètres. Crado? A peine…

Nous sommes vivants et heureux de l’être.

 

 


[1] Proverbe tibétain

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Une réponse à Contre-la-montre par équipe

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de masquer les commentaires.

    Pour réagir à cet article, le formulaire de contact est à disposition.

    Merci!