Befarma! Befarma! Partage avec moi!

L’entrée en République Islamique d’Iran implique quelques changements! Fini les cheveux au vent, T-shirts et autres habits légers. Il s’agit d’adopter le code vestimentaire islamique imposé à toute personne entrant dans le pays. Pédaler ainsi alors que nos corps ne sont pas habitués à la chaleur est difficile… Il fait 35°C, soit 30 de plus que lors du passage de notre dernier col arménien.

Vite, dans une mosquée! Histoire de trouver un peu d'ombre et de fraîcheur!

Vite, dans une mosquée! Histoire de trouver un peu d’ombre et de fraîcheur!

A cela s’ajoute un certain sentiment de confusion…

Tout d’abord, la langue: aucun reperd à l’écrit, le persan s’écrit de droite à gauche avec l’alphabet arabe; les chiffres quant à eux s’écrivent de gauche à droite mais pas avec nos chiffres arabes.

A Tabriz, certains y sont venus à dos de chameau, d'autres en Topolino et nous à vélo!

A Tabriz, certains y sont venus à dos de chameau, d’autres en Topolino et nous à vélo!

Puis, il y a les questions d’argent… Ici, nos cartes bancaires ou autres chèques de voyage ne sont d’aucune utilité. Pas d’autre choix que de changer des devises fortes, très fortes, puisqu’avec un dollar américain on obtient environs 18’000 rials. Ca fait rapidement un bon paquet de zéro, alors pour simplifier, les Iraniens comptent généralement en tomans, voire en milliers de tomans. Simplifier? Pas vraiment… car pour une course de taxi dont on ignore la longueur, il n’est pas toujours évident de savoir si le chauffeur attend un billet de 10’000… ou de 100’000!

Alors, au final, ça coûte combien au kilo?

Alors, au final, ça coûte combien au kilo?

D’autant plus qu’il se peut que le chauffeur refuse votre billet! Trop usé? Pas de monnaie? Course offerte? Rien de tout ça, juste du ta’arof, forme de courtoisie régulièrement utilisée dans les relations sociales. Ainsi, toute proposition sérieuse doit être exprimée trois fois avant d’être considérée à sa juste valeur. On vous propose une boisson fraîche ou de partager un repas? Quelqu’un vous propose de rentrer chez lui? Le vendeur de pastèque ne veut pas de votre argent? Tout ceci n’est que ta’arof… Difficile ainsi de s’y retrouver entre invitation et politesse!

Nous sommes également perplexes quant à la circulation. Le trafic est extrêmement dense avec des véhicules partout, des bouchons à tous les coins et rue et des feux de circulations quasi inexistants… Ici, le pétrole règne et la mobilité douce n’en est même pas au stade de concept… A première vue, on pourrait être tenté de croire qu’il n’y a pas de règles, que c’est chacun pour soit. Pourtant, peu à peu, on découvre une forme de logique dans ce chaos routier: la priorité est accordée à celui qui force le plus. C’est la loi du plus fort! Et rien n’est impossible à un chauffeur iranien: rouler à contresens, dépasser par la droite, dédoubler les files, faire marche arrière sur l’autoroute…

Pour l'heure, tout est calme même si plus de 50% du trafic de Téhéran sont des taxis

Pour l’heure, tout est calme même si plus de 50% du trafic de Téhéran sont des taxis

Heureusement, devant notre malaise ou notre hésitation, il y a toujours quelqu’un pour nous aider et nous consacrer du temps. Et si de rares Iraniens sont des filous, c’est pour nous donner l’occasion de mieux apprécier l’incroyable accueil que nous réservera la plus grande majorité d’entre eux. Par devoir, ou plus généralement par plaisir, nous serons guidé, aidé, conduit voire même nourrit tout au long du chemin. Autant d’occasions pour échanger quelques mots, s’intéresser à l’autre.

Autour d'un narguilé et d'une tasse de thé, les Iraniens veulent tout savoir sur nous

Autour d’un narguilé et d’une tasse de thé, les Iraniens veulent tout savoir sur nous

La route pour Tabriz est d’ailleurs parsemée de belles rencontres: des voitures qui s’arrêtent pour nous offrir du thé et échanger quelques mots, un pique-nique partagé dans une station service et même une soirée et une nuit dans une famille. A chaque fois, un accueil chaleureux, un partage riche et la difficulté de reprendre la route.

Joli salon, mais ici, c'est par terre qu'on prend les repas

Joli salon, mais ici, c’est par terre qu’on prend les repas

A Tabriz, c’est Arman qui nous attend, un jeune Azeri iranien brillant, critique et à l’humour acide. Avons-nous réellement visité cette ville si chère à Nicolas Bouvier? Nous avons plutôt passé du temps avec des jeunes Iraniens, découvert une jeunesse dynamique qui trouve le moyen de vivre malgré les interdits. On a ri ensemble des paradoxes politiques, de l’impossibilité pour un homme de se promener avec une fille s’ils ne sont pas mariés, de l’interdiction d’écouter de la musique « pop », de ne pas pouvoir apprendre l’azéri à l’école, de l’interdiction d’avoir une antenne parabolique, … Et on a moins ri lorsqu’on dû quitter précipitamment un parc qui devenait peu fréquentable… On les sent fatigués de se sentir observés, lassés de ne pouvoir s’exprimer librement, irrités de devoir se cacher pour voir leurs amies…

Le fameux bazar de Tabriz, désert le vendredi, au bord de l'explosion le samedi

Le fameux bazar de Tabriz, désert le vendredi, au bord de l’explosion le samedi

Mettre les vélos dans le bus pour Téhéran nous révèle la difficulté de la négociation. Face à une cohue de vendeurs de billets, il faut s’armer de patience, d’humour et de fermeté. Manifestement, il nous reste des progrès à faire en la matière puisque nous arriverons dans la capitale ni à l’heure ni dans la bonne gare routière… Nous l’apprendrons que plus tard mais « de la course de taxi à la bombe atomique, tout se négocie en Iran! »

A Téhéran, nous sommes accueillis par Ali et sa famille; un universitaire, poète et activiste politique. Il nous raconte son séjour en prison pour un article de journal un peu trop critique, sa peur constante d’être arrêté, son impossibilité de poursuivre ses études dans une université d’état, les difficultés financières de la famille. Et malgré cela, pour nous, un accueil sans pareil. Nous faisons partie de la famille et nous nous y sentons bien.

La principale raison de notre escale dans la mégapole est la chasse aux autocollants pour nos passeports: visa ouzbek, tadjik et turkmène. Deux jours de jeu de piste à travers la ville et le tour est joué. Quelle chance, ça aurait pu être pire!

Le Palais Golastan, ancienne résidence royale, juste avant l'orage

Le Palais Golastan, ancienne résidence royale, juste avant l’orage

Un mausolée, véritable lieu de vie: on y vient pour se recueillir mais aussi pour voir des amis, passer sa pause de midi ou se reposer

Un mausolée, véritable lieu de vie: on y vient pour se recueillir mais aussi pour voir des amis, passer sa pause de midi ou se reposer

Avec Ali et ses amis, nous passons des soirées mémorables, bien loin de l’idée que l’on peut se faire de l’Iran via les médias occidentaux. Hors des regards, les voiles et longues chemises ont disparu, on danse sur de la musique « off limit », on discute de tout et dans les verres il n’y a pas que du soda.

Ces dix jours passés avec les Iraniens ont été riches et intenses: pas une nuit à l’hôtel ou sous tente, aucun repas cuisiné et tant de moments partagés. « Berfarma, Befarma! » cette invitation, mainte fois répétée, qui résonne dans nos têtes comme une requête. « Viens, partage avec moi! » Une invitation à mieux se connaître et à abattre les préjugés à coups de masse.

Alors, après avoir tant reçu, il nous semble indispensable de partager ici notre expérience en Iran qui, il faut bien l’admettre, ressemble assez peu à ce que les journaux ou la télévision veulent nous laisser croire… Venir en Iran, c’est prendre le risque de rencontrer son peuple accueillant, de découvrir son histoire passionnante et de comprendre (un peu) sa culture séculaire.

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Une réponse à Befarma! Befarma! Partage avec moi!

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

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