Entre deux

21 mars, premier jour du printemps, nous entrons en Arménie par une magnifique journée ensoleillée. A partir d’aujourd’hui, les jours sont comptés. Vingt et un jours pour le visa arménien, quinze pour le pays suivant, sans parler des demandes de visas à dates fixes qui nous restent à faire et qui nous donnent déjà mal à la tête…

Pour rejoindre la capitale, 240 kilomètres de route nous attendent avec plus de 3’000 mètres de dénivelé. Nous remontons un cayon au fond duquel les premiers signes du printemps se font sentir. Croassement de grenouilles, oiseaux migrateurs et papillons nous accompagnent. Les apiculteurs s’affairent sur les ruches pendant que les paysans préparent vergers et cultures.

Mais à peine nous montons un peu que tout est encore endormi et la neige refait quelques apparitions furtives. Nous oscillons entre hiver et printemps.

Entre solide et liquide, le lac Sevan, situé à 1'900 mètres, change de visage avec le soleil

Entre solide et liquide, le lac Sevan, situé à 1’900 mètres, change de visage avec le soleil 

L’Arménie est connue pour avoir été le premier Etat à adopter le christianisme comme religion (en 301) et bien évidemment, ça laisse des traces. Notre route est ponctuée de visites de monastères, églises et autres chapelles à l’architecture remarquable.

Le monastère de Haghpat, fondé en 976, surplombe le canyon de Debed

Le monastère de Haghpat, fondé en 976, surplombe le canyon de Debed

Plus nous filons vers le sud plus nous nous rendons compte que nous évoluons dans un véritable corridor, coincé entre deux voisins aux relations délicates. A l’ouest: la Turquie dont les 268 kilomètres de frontière sont officiellement fermés depuis le génocide de 1915. Et à l’est, l’Azerbaïdjan avec qui l’Arménie est en conflit sur la question du Haut-Karabagh.

Entre mémoire et espoir au mémorial du génocide arménien de Erevan

Entre mémoire et espoir au mémorial du génocide arménien de Erevan

Nous sommes à cheval entre l’Europe et l’Asie, où les visages, les cultures et les langues se mélangent depuis des siècles. Les couleurs de peau, les traits, les coutumes attestent des migrations et des influences qui ont eu lieu dans la région.

Nous profitons de notre séjour à Erevan pour visiter le siège de l’Eglise apostolique arménienne, « cette église qui, dix-sept ans avant Rome, avait bâti sur les ruines des temples païens la première basilique du monde, à Etchmiadzin, dont le nom sonne comme un Alléluia et signifie: le fils de Dieu est descendu » [1]. L’Arménie est à la limite entre les cultures chrétiennes et musulmanes. Au loin, le Mont Ararat, du haut de ses 5’165 mètres semble impassible aux guerres et aux conflits qui déchirent  la région depuis des siècles.

La cathédrale Sourp Etchmiadzin est le plus ancien édifice chrétien arménien. Sa construction a débuté en 303

La cathédrale Sourp Etchmiadzin est le plus ancien édifice chrétien arménien. Sa construction a débuté en 303

Entre les deux sommets de Mt-Ararat (sur sol turc): le monastère de Khor-Virap

Entre les deux sommets de Mt-Ararat (sur sol turc): le monastère de Khor-Virap

En reprenant la route vers le sud, nous découvrons une région encore plus montagneuse et encaissée, prise en tenaille entre deux territoires azéris: l’exclave du Nakhitchevan et la République du Haut-Karabagh, au statut disputé et dont l’indépendance pas reconnue par la communauté internationale.

Entre russe et arménien, pas toujours évident de s'en sortir…

Entre russe et arménien, pas toujours évident de s’en sortir…

Entre sérénité et haute sécurité: va-t-on trouver la paix?

Entre sérénité et haute sécurité: va-t-on trouver la paix?

La région est magnifique et les habitants semblent étonnés de nous voir zigzaguer sur ces routes de montagne. Mais, peu avant un col, le mauvais temps menace à nouveau… Que faire? Tenter le coup quitte à finir sous la neige? Redescendre un peu afin de trouver un terrain sec et plat? Ou demander aux gens du coin ce qu’ils en pensent?

« Camper à cette saison? Mais vous êtes malades?!? » C’est vrai, on a souvent l’impression d’être un peu tarés, pourtant nous ne faisons que vivre notre Route, entre découvertes et efforts physiques

Finalement, nous passerons le reste de l’après-midi, la soirée, la nuit et la matinée du lendemain, bien au chaud entre Gorar et Varag, couple de montagnards qui nous accueille comme leurs propres enfants. Nous n’avons pas de langue commune et pourtant nous passons beaucoup de temps à discuter. Ici, on vit sans eau courante et sans gaz…

Entre Gorar et Varag: on se sent comme à la maison, ou presque…

Entre Gorar et Varag: on se sent comme à la maison, ou presque…

Gorar s’occupe essentiellement de la production des conserves et des produits laitiers grâce à leur vache Natashka: beurre, fromage, yoghourt,  lait frais. Varag, lui, vend les produits du jardin ou de la forêt: pommes, noix, champignons, abricots. En cette fin d’hiver, ce sont les oignons primeurs qui assurent le revenu du couple. Les enfants sont partis, soit à Moscou pour la plus grande, soit à la ville pour les deux plus jeunes qui sont encore à l’école. Alors, ils nous adoptent et ne veulent plus nous laisser partir!

Entre deux discussions, il faut bien bosser un peu! Merci Natashka pour ton lait tout frais

Entre deux discussions, il faut bien bosser un peu! Merci Natashka pour ton lait tout frais

Complicité entre femmes

Complicité entre femmes

Arrivés à Meghri, à quelques kilomètres de la frontière iranienne, c’est l’explosion: prairies tachetées de crocus et de perce-neiges, arbres en fleurs et ruisseaux sauvages. Après dix jours de route et quatre passages en dessus de 2’000 mètres, l’heure est enfin venue de ranger les gants et les bonnets!

Entre gros nuage et grand ciel bleu, on en aura vu de toutes les couleurs

Entre gros nuage et grand ciel bleu, on en aura vu de toutes les couleurs

Au final, notre traversée de l’Arménie nous aura fait pédaler près de 700 kilomètres avec plus de 10’600 mètres de dénivelés entre 400 et 2’535 mètres d’altitude, entre -10 et +35°C

Entre la carte et la réalité du terrain: un trait droit contre 43 virages en épingle…

Entre la carte et la réalité du terrain: un trait droit contre 43 virages en épingle…

PS: Nous profitons du printemps pour continuer à gazouiller sur Twitter. A suivre dans la colonne de droite de ce site ou directement ici:

C'est enfin le printemps! Profitons-en, nous savons bien que ça ne va pas durer

C’est enfin le printemps! Profitons-en, nous savons bien que ça ne va pas durer


[1] Extrait du film « Mayrig » d’Henri Verneuil (1991), qui raconte l’arrivée en France d’une famille arménienne à la suite du génocide arménien. Nous avons eu la chance de regarder ce film en compagnie de Maeva et Narek, un couple franco-arménien de Erevan.

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Une réponse à Entre deux

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de désactiver les commentaires sur ce billet.

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    Merci!