En route pour les Carpates

Le passage de la frontière entre la Hongrie et la Roumanie s’accompagne de quelques nouvelles.

Tout d’abord, les bonnes:

  • Nous sommes à nouveau à même de communiquer! En tant que langue latine, le roumain se laisse lire et prononcer sans (trop) de difficultés;
  • Malgré l’espace Schengen, les moustiques hongrois sont restés bloqués à la frontière;
  • On aperçoit des collines à l’horizon!

Et quelques moins bonnes:

  • La vitesse est limitée à 100 km/h en dehors des localités, mais personne ne semble s’en soucier…
  • Les moustiques ont été remplacés par des chiens errants… Pas très sympa, ni pour bivouaquer, ni pour piqueniquer…
  • Les champs sont parsemés de colchiques qui annoncent la fin de l’été.

Ce nouveau changement de pays implique également un changement de carte. L’échelle de notre carte nationale passe du 1/300’000 pour la Hongrie au 1/800’000 pour la Roumanie. Nous mollets ne risquent pas de chômer…

On a mis la main sur un « câble » de tractage, en cas de défaillance dans les Carpates

On a mis la main sur un « câble » de tractage, en cas de défaillance dans les Carpates

Nous nous empressons de quitter la pleine pour franchir notre premier col depuis des semaines, à quelques 500 mètres d’altitude. Passé cette « bosse », tout devient différent.

La route déroule ses lacets à travers les forêts et les prairies verdoyantes du nord de la Roumanie. Nous longeons la Tysa, qui marque la frontière avec l’Ukraine, avant de visiter un cimetière des plus étonnants. Chacune des quelques 800 tombes qui occupent l’endroit est ornementée d’une croix en bois gravée et peinte à l’image de la vie de celui qu’elle honore. On y trouve le paysan et son tracteur, le bûcheron avec sa hache, celui qui s’est planté avec sa voiture, l’institutrice, le facteur, le mineur et même un cycliste!

Le "cimetière joyeux" de Sapanta, véritable chronique d’une communauté

Le « cimetière joyeux » de Sapanta, véritable chronique d’une communauté

Dans le cimetière de Sapanta, la tristesse de la mort cède la place à la beauté de la diversité de nos vies. En quittant cet endroit, une petite voix me murmure à l’oreille: « Et toi mon P’tit-Lulu, quand ton heure sera venue, tu aimerais qu’on y dessine quoi sur ta planche de bois ? »

Quelques kilomètres plus loin, une autre vision de la mort nous attend. Nous sommes dans la prison de haute sécurité de Sighetu Marmatiei. Sur les murs, des centaines et des centaines de portraits de ceux qui, d’une façon ou d’une autre, se sont opposés au communisme. Salles de torture, chambres noires et autres cellules de détention servent aujourd’hui de témoins de ce qui fût les heures sombres de l’histoire contemporaine roumaine.

Les trois étages de cellules de la prison de haute sécurité de "Sighet"

Les trois étages de cellules de la prison de haute sécurité de « Sighet »

Parcourir le nord de la Roumanie à vélo est un véritable régal. Dans la région vallonnée des Maramures sont disséminées de magnifiques églises en bois et maisons traditionnelles. Ici, la vie ne semble pas vraiment s’être accélérer et il n’est pas rare que nous dépassions des véhicules à deux chevaux mais sans moteur.

Eglises typiques de Maramures: Sapanta, Barsana et Poienile Izei

Eglises typiques de Maramures: Sapanta, Barsana et Poienile Izei

La météo est superbe pour la saison même si beaucoup souhaiteraient que la pluie vienne grossir les ruisseaux. Si la majeure partie des habitations a l’électricité, rares sont celles  avec eau courante. De grandes jarres servent de réserve pour la saison sèche et un cabanon est à disposition un peu plus loin en cas de besoin(s).

Ici, la plus part des travaux agricoles se font à la main ou avec l’aide précieuse des chevaux

Ici, la plus part des travaux agricoles se font à la main ou avec l’aide précieuse des chevaux

Mise à l’abri du maïs qui servira de fourrage aux animaux pendant l’hiver

Mise à l’abri du maïs qui servira de fourrage aux animaux pendant l’hiver

Si les journées sont belles et chaudes, les nuits deviennent de plus fraîches. Six petits degrés ce matin à l’intérieur de la tente. Dehors, l’herbe est toute givrée. Mais les Roumains, par leur gentillesse et leur sens de l’accueil, sauront nous réchauffer. Il y aura Gheorghe qui, en plus de nous prêter un bout de son champ pour la nuit, nous apportera du raisin et des noix. Puis, chez Domnita, nous rencontrerons Vasile et sa femme qui viennent passer quelques jours loin de Bucarest. Et tant d’autres qui nous accueilleront dans leur jardin ou nous offriront des fruits sur le bord de la route.

A l’heure du déjeuner, sur les terres à Gheorghe à Sarbi

A l’heure du déjeuner, sur les terres à Gheorghe à Sarbi

Petit digestif chez Donita: myrtille pour les filles, pruneau pour les costauds

Petit digestif chez Donita: myrtille pour les filles, pruneau pour les costauds

Le col de Prislop, à 1’416 mètres, marque notre première traversée des Carpates. Alors que le soleil est encore haut, nous passons devant un panneau indiquant une pension avec terrain de camping. Pourquoi nous arrêter en si bon chemin alors que nous avons tout pour aller planter notre tente en pleine nature? C’est pourtant ici, dans le jardin de Vladimir, que nous passerons la nuit, comme l’avaient fait Prisca et Yvan quelques années plus tôt lors de leur trip entre Renens et Dharamshala (www.chemindesecoles.ch).

A travers les Carpates: pentes douces et forêt multicolore

A travers les Carpates: pentes douces et forêt multicolore

Vladimir est un grand voyageur. Non pas qu’il soit allé partout, mais il aime la notion même du voyage, celle qui permet de s’ouvrir à l’inconnu et de découvrir ce qu’on ignore, même si c’est à côté de chez soi, voire même en soi. Alors ce soir, on part en voyage à bord de la vieille Traban qui rouille dans le jardin.

Le lendemain matin, arrive un couple de Lonay, amis de longue date de Vladimir. Au fil du temps, ils ont mis en place (entre autres) un réseau de ludothèques dans les villages des alentours. Projet concret, qui demande engagement et persévérance et qui, au final, améliore le quotidien des enfants de toute une région. Ce n’est qu’à l’heure de départ que nous apprendrons qu’ils sont les parents d’un pote d’apprentissage!

Décidément, il fallait qu’on s’arrête chez Vladimir!

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Une réponse à En route pour les Carpates

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de désactiver les commentaires sur ce billet.

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    Merci!