L’appel des cols

Les Alpes, tout comme beaucoup d’autres massifs montagneux, offrent une palette de magnifiques routes sinueuses et pentues. Mais pourquoi tant de cyclistes, au long court ou non, y mettent à l’épreuve leurs mollets, leur patience et leur endurance?

Rien qu’en Suisse, on trouve 17 cols culminant à plus de 2’000 mètres. Si le plus haut d’entre eux – l’Umbrail entre les Grisons en l’Italie – atteint les 2’501m, nous en avons choisi un autre pour tester notre forme physique: le col de l’Albula qui permet de relier Coire à St-Moritz par une petite route ouverte uniquement en été.

Passage des gorges de l'Albula

Passage des gorges de l’Albula

Ce col est pour nous une première, mais nous n’en sommes pas à notre coup d’essai puisque nos différentes traversées de la Suisse réalisées à vélo ces dernières année nous ont déjà permis de découvrir quelques grands noms des cols alpins tels que le Saint-Bernardino, le Gothard, la Furka ou le Grimsel.

Si la beauté de ces régions alpines ne fait aucun doute, la question demeure: à quoi cela rime-t-il de franchir ces cols à vélo? Frontières entre des régions, des langues ou des cultures, ils marquent une limite là où nous, nous voyons nos limites.

Troisième partie du col de l'Albula, peu avant Bergün

Troisième partie du col de l’Albula, peu avant Bergün

Nos vélos, lourdement chargés, zigzaguent péniblement le long de la route qui mène à la récompense. Chaque coup de pédale permet de grappiller quelques mètres et nous rapproche du but à une vitesse souvent inférieure à celle de la marche. Assis sur nos selles nous vivons une nouvelle variante des batailles qui ont été livrées à flanc de montagne.

L'effort, bien que relativement long, ne doit être brutal. Le plaisir avant tout! Source: Hernan

L’effort, bien que relativement long, ne doit être brutal. Le plaisir avant tout! Source: Hernan

Bientôt nous ne sentons plus nos jambes, tout se passe dans la tête. Le vide se fait. Le défit que représente les 47 kilomètres de montée et les 1’700 mètres de dénivelé prend le dessus. On se surprend parfois à parler à la route, la suppliant même de nous accorder un peu de répit mais la côte reprend de plus belle.

Le col semble à portée de main, mais il nous faudra plusieurs heures avant de l'atteindre. Source: Hernan

Le col semble à portée de main, mais il nous faudra plusieurs heures avant de l’atteindre. Source: Hernan

D’autres cyclistes nous remontent peu à peu. Dans la catégorie vélo, nous faisons partie des poids-lourds. Lorsque ce ne sont pas leurs petites fusées de quelques kilos font un clin d’œil à nos ours, ce sont leur propriétaire qui sourient à la vue de notre bouteille de champagne ou de notre chargement. Et puis arrive Ernan, Argentin d’origine, parti de Londres à vélo avec pour idée de rejoindre Katmandou.

Sa compagnie rend l’ascension du col encore plus attrayante, surtout lorsqu’il s’agit de parler voyage en sirotant du maté au bord d’un lac de montagne. Nous poursuivons la montée ensemble. Nos échanges d’expériences nous enrichissent mutuellement et nous permettent de nous raconter un certain nombre d’histoires drôles.

Valéryne et Ernan dans le dernier virage avant le col

Valéryne et Ernan dans le dernier virage avant le col

Et nous voilà déjà en haut! A une altitude de 2312 mètres, sur un lieu de passage fréquenté depuis 1695. Malgré une certaine fierté et un certain soulagement, le dernier coup de pédale annonce un changement de rythme et nous sommes un peu triste que ce soit déjà fini.

Au col de l'Albula, à 2'312 mètres d'altitude

Au col de l’Albula, à 2’312 mètres d’altitude

Le vent balaie le col, le bistro vient de fermer et la pluie s’en vient. Mais qu’importe, le picotement dans nos jambes nous rappellent qui nous sommes arrivés ici par nous même, sur nos vélos et ceci nous comble de bonheur.

Ernan, ou le bonheur d'être arrivé en haut d'un des plus hauts cols de Suisse

Ernan, ou le bonheur d’être arrivé en haut d’un des plus hauts cols de Suisse

S’en suit une plongée vertigineuse vers l’Inn que nous allons suivre jusqu’à Innsbruck.

Descente du col de l'Albula, peu après une grosse averse

Descente du col de l’Albula, peu après une grosse averse

Nous quittons donc la Suisse après 600 kilomètres de route et plus de 7’300 mètres de dénivelé positif. La descente vers l’Autriche s’annonce plus tranquille avant de poursuivre pour de nouvelles aventures.

Dans la plaine de l'Inn, en direction de Scuol, Engadine. Source: Hernan

Dans la plaine de l’Inn, en direction de Scuol, Engadine. Source: Hernan

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Une réponse à L’appel des cols

  1. Admin dit :

    Un grand merci pour tous vos chaleureux messages!
    Ils nous sont précieux et grâce à eux, on avance tous les jours.

    Depuis la publication de cet article, pas mal de kilomètres ont été parcourus.
    Nous avons donc décidé de désactiver les commentaires sur ce billet.

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    Merci!